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Plaque de Victor Hugo arrachée à Fort-de-France: "Etudions les textes et resituons au lieu d'enlever"

Les Grandes Gueules sont revenues ce mardi sur l'arrachage de la plaque de la rue Victor Hugo à Fort-de-France en Martinique.

Plusieurs monuments ont été visés ces dernières semaines en France et dans le monde en écho au mouvement Black Lives Matter, qui a trouvé une résonance particulière après la mort de George Floyd aux Etats-Unis, un jeune noir tué par la police américaine.

Dimanche à Fort-de-France en Martinique, les statues de Joséphine de Beauharnais et de Pierre Belain d'Esnambuc ont été mises à terre par une poignée d'activistes anticolonialistes. 

La statue de Joséphine de Beauharnais, première épouse de Napoléon 1er et native de Martinique où sa famille possédait une exploitation agricole, avait déjà été décapitée il y a près de 30 ans. Dimanche, les manifestants l'ont ensuite placée sur un bûcher.

Celle de Pierre Belain d'Esnambuc, qui a conduit l'installation de la colonie française en Martinique en 1635, a également été déboulonnée. Elle avait été érigée en 1935 à l'occasion du tricentenaire du début de la colonisation en Martinique.

Plus étonnant, la plaque de la Victor Hugo a été arrachée à l'aide d'outils, frappée au marteau puis brûlée (voir vidéo ci-dessus). Il est reproché à l'écrivain français des phrases prononcées dans un "Discours sur l'Afrique" en 1879, malgré son engagement connu contre la peine de mort et pour l'égalité humaine. 

L'avis des GG: "S’il y a une réflexion à avoir sur les zones d’ombre de chacun, étudions les textes et resituons"

Elina Dumont (intervenante dans le social): “J’aurais préféré qu’ils fassent sauter le LCL (enseigne bancaire située sur le même mur que la plaque en question ndlr). Mais si ils le font c’est qu’il y a une raison.”

Maxime Lledo (étudiant): “La liberté commence là où l'ignorance finit. Il a écrit des romans anti-esclavagistes. J’ai fait tous les efforts du monde pour comprendre, mais c’est d’une bêtise sans nom. Je ne pensais pas qu’en France, un jour, on puisse s’attaquer à Victor Hugo.”

Fatima Aït-Bounoua (professeure de français en reconversion): “Ce sont cinq personnes, ce ne sont pas tous les Martiniquais dans la rue. J’adore Victor Hugo, je l’étudie et je continuerai de le faire étudier, ses textes font partie de notre identité intime. Quand je vois qu’on enlève cette plaque ça me fait quelque chose dans le sens où c’est absurde. Symboliquement c’est contre productif. S’il y a une réflexion à avoir sur les zones d’ombre de chacun ou comment un homme a été un homme d’un siècle, étudions ces textes et rajoutons à la place d’enlever. Il faut resituer pour expliquer en quoi c’était en communion avec une époque. C’est ça qui permet de comprendre.”

J.A.