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Un smartphone et Facebook pour Nordahl Lelandais en prison: "On ne fait plus ce qu’on veut", regrette un surveillant

Pendant le procès pour le meurtre de la petite Maëlys, des détails sur la vie de Nordahl Lelandais en détention ont été donnés. Il a notamment pu ouvrir un compte Facebook grâce à un smartphone que lui a apporté une visiteuse.

Un smartphone, un compte Facebook, des versements pour un montant de 10.000 euros… La vie quotidienne de Nordahl Lelandais en détention a été détaillée lors de son procès cette semaine à Grenoble pour le meurtre de la petite Maëlys en août 2017. Et elle a été notamment été facilitée par une visiteuse, avec laquelle il a eu deux relations sexuelles en prison. Des éléments qui peuvent choquer mais qui sont relativement courants, selon Christophe, surveillant pénitentiaire. "Ce n’est pas légal mais c’est ce qu’on vit au quotidien, a expliqué ce dernier dans ‘Les Grandes Gueules’ ce jeudi sur RMC et RMC Story. Il y a des armes, des téléphones, de la drogue… Le problème, c’est qu’on n’a pas forcément le droit de faire ce qu’on veut. Il y a quelque temps, les détenus étaient fouillés à chaque remontée de parloir. Aujourd’hui, on n’a plus le droit. Ce sont les droits du détenu, les règles européennes. On ne fait plus ce qu’on veut."

Et selon ce surveillant pénitentiaire, tous les moyens sont bons pour apporter des choses aux détenus: "Elle est fouillée quand elle rentre. Mais un téléphone, ça ne fait même pas la moitié de la taille d’un paquet de cigarettes. Sans rentrer dans des détails sordides, elle peut rentrer beaucoup de choses là où on ne pourra pas fouiller. Comme les détenus le font quand ils sortent du parloir". Pour l’argent, "ça ne passe pas forcément par un virement" selon Christophe. "On voit beaucoup d’échanges de codes PCS entre détenus. Ce sont des espèces de cartes prépayées qu’on achète au bureau de tabac. Avec un code, il n’y a pas de traces. Ça permet d’avoir de l’argent, de payer ce qu’on veut, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur."

Si des détenus peuvent améliorer un peu leur quotidien, c’est aussi pour "la paix sociale" selon ce surveillant pénitentiaire. "C’est une réalité. Mais la paix sociale, elle ne se fait pas sur les téléphones ou sur les armes, assure-t-il. Elle se fait sur la drogue, éventuellement." Et le personnel de la prison est assez démuni. "Quand vous avez un surveillant sur un étage avec 100-150 détenus, il va faire une ou deux fouilles de cellule dans la journée, explique Christophe. Il ne peut pas fouiller toutes les cellules. Les téléphones passent par le yo-yo. Souvent, il ne va rien y avoir dans la cellule. Ça va être caché par des mules dans d’autres cellules. Et le soir à 19h ou 20h, quand tout est fermé, ça revient dans la cellule."

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"Ça fait des années qu’on demande que ça soit complètement interdit"

Secrétaire général du syndicat l’UFAP-UNSA-Justice, Jean-François Forget confirme que l’introduction d’objets en prison, notamment, "peut paraitre, vu de l’extérieur, comme quelque chose d’impossible sauf que malheureusement, ça arrive régulièrement et de différentes façons". "Ce qui est dramatique, c’est qu’il faut que ça soit sur l’actualité de Nordahl Lelandais pour que ça crée une émotion, souligne-t-il. Ça fait des années qu’on demande que ça soit complètement interdit. Il y a encore quelque temps, le contrôleur général des lieux de privation de liberté demandait qu’on libéralise l’accès au téléphone portable en prison. Ce qui est scandaleux."

Le manque d’effectifs, les moyens et les droits accordés aux détenus expliquent ces situations selon Jean-François Forget. "Il y a 30 ans, on avait 35-40 détenus par étage, et c’était déjà compliqué. Mais on arrivait à avoir ce travail de proximité, de profondeur, qu’on ne peut avoir dans des établissements où on a 120-130 détenus à garder. Et depuis 20 ans, on n’arrête pas de donner des droits à la population pénale et on contraint les professionnels dans leur activité à ne plus pouvoir faire ce qu’ils doivent faire.

Si un surveillant va trop loin, il a de fortes chances d’être repris par sa hiérarchie. Donc il marche sur des œufs."

LP