RMC

"Le Bureau des Vérifs": est-il fréquent que des journalistes soient convoqués par la DGSI?

Plusieurs journalistes ont révélé ces derniers jours avoir été convoqués par les services de renseignements après la parution ou la diffusion de reportage. Des convocations qui ont suscité une vague d'indignations dans le monde de la presse.

Ariane Chemin, la journaliste du Monde, a été convoquée mardi et sera bientôt entendue par des policiers de la section des atteintes au secret de la défense nationale de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Elle a été convoquée pour avoir écrit que Chokri Wakrim, impliqué dans l'affaire Benalla, était sous-officier de l'armée de l'air dans un article. Or l’article 413-14 du code pénal, sur lequel repose la plainte déposée dans cette affaire, interdit la révélation de toute information qui pourrait conduire à l'identification d'une personne comme membre des unités des forces spéciales. 

Mais est-ce fréquent d’être convoqué par la DGSI quand on est journaliste ?

Ces derniers temps, de plus en plus. La semaine dernière, trois journalistes avaient déjà été entendus par la DGSI, après la révélation par le site Diclose d'une note classée "confidentiel défense" et détaillant l'utilisation dans la guerre au Yémen des armes vendues par la France à l'Arabie Saoudite et aux Emirats arabes unies. Dans cette affaire, un quatrième journaliste sera d’ailleurs bientôt entendu. 

Des interrogatoires de plus en plus fréquents

La journaliste de Quotidien, Valentine Oberti, a révélé dans l'émission de Yann Barthès soir qu’elle, son JRI et son preneur de son ont aussi été entendus il y a deux mois par la DGSI pour avoir aussi enquêté sur les armes utilisées au Yemen. 

Pourtant, normalement, c'est seulement un ou deux journalistes sont interrogés chaque année en moyenne, souvent pour avoir publié un document secret défense. Ils sont souvent interrogés dans un même objectif pour les enquêteurs : obtenir les sources des journalistes, et les dissuader de publier de nouveaux documents confidentiels, de façon plus ou moins menaçante. 

En 2017, par exemple, le directeur de la publication de Mediapart, Edwy Plenel, et Clément Fayol, journaliste pigiste de Mediapart, ont été entendus par la DGSI à propos d’un article, publié le 20 mars 2016, sur les compromissions géopolitiques de la France au Tchad. 

Aucune poursuite n'a été engagée contre Edwy Plenel. Par contre le journaliste, Clément Fayol, a eu un rappel à la loi, avec un courrier de la part de François Mollins, qui était à l'époque encore procureur de Paris. Courrier que CheckNews a pu consulter, et dans lequel il est précisé de manière explicitement menaçante: "Aucune poursuite pénale ne sera engagée à votre encontre si, dans un délai de six ans à compter de ce jour, vous ne commettez aucune nouvelle infraction de cette nature". 

Une technique d'intimidation?

En 2016, c'était deux journalistes du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, qui avaient été entendus par la DGSI parce qu'ils avaient publié un article avec des plans d'une possible attaque contre le régime de Bachar Al-Assad, qui n'aura finalement jamais lieu. En effet, à l’époque, en 2013, François Hollande n'avait pas réussi à convaincre Barack Obama. 

Eux aussi ont eu un simple rappel à la loi et les enquêteurs leur ont demandé quelle était leur source et notamment si c'était François Hollande, alors président de la République qui leur avait donné ce document, a rapporté Gérard Davet par téléphone mercredi.

Pareil en mars 2014, quand une journaliste de la Croix avait été entendue par les services de renseignements français, après avoir écrit un article sur les failles de la prévention de l'islam radical. À l'époque, elle avait raconté l’audition en déclarant : "Le but était de m’impressionner. L’un des policiers m’a dit: ‘La prochaine fois que vous aurez accès à des informations, vous vous souviendrez de nous’".

Robin Andraca (Checknews) avec Guillaume Descours