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Comment nos jeunes chercheurs sont "mis à la porte" des labos français à cause d'une loi

Plusieurs jeunes chercheurs ont pointé la responsabilité de la loi Sauvadet dans leur exil à l'étranger, ce vendredi dans Radio Brunet sur RMC. Une loi censée lutter contre la précarité des jeunes chercheurs du public. Selon Antoine et Nicolas, deux chercheurs à qui Éric Brunet a donné la parole, c'est tout le contraire qui se produit.

C'est une loi de mars 2012 promulguée entre les deux tours de la dernière présidentielle. La loi Sauvadet, pensée sous Nicolas Sarkozy et appliquée sous François Hollande, visait à lutter contre l'abus de contrats précaires pour les jeunes dans la recherche publique : les personnes qui travaillent en CDD doivent être obligatoirement embauchées en CDI au bout de six ans. Impossible de leur faire signer un nouveau CDD, or la recherche a besoin de CDD puisque son financement dépend de contrats nationaux ou européens d'une durée limitée. Conséquence: de nombreux labos, pour éviter de tomber sous le coup de cette loi et d'embaucher en CDI, ne renouvelle plus les contrats. Des milliers de jeunes mis à la porte sont obligés chaque année de partir à l'étranger, pour le plus grand bonheur de leur pays d'accueil: États-Unis, Canada, Suisse… C'est ce qu'ont raconté ce vendredi dans Radio Brunet Antoine et Nicolas.

"On m'interdit d'exercer mon métier de chercheur en France"

Antoine, fait de la recherche dans les géosciences:

"J'ai obtenu mon doctorat à 25 ans avec la plus haute distinction – mention très honorable avec félicitations du jury. Pendant plus de 10 ans j'ai travaillé dans les géosciences et j'ai contribué à des projets de recherches tels que les déchets radioactifs, la migration des déchets lourds dans le sol – des sujets qui nécessitent un suivi sur le long terme. Et malheureusement mon contrat s'arrête brutalement le 30 septembre, la semaine prochaine. Donc vous imaginez que pour mon laboratoire ce sera une perte sèche tant au niveau humain que scientifique.

Pourquoi ? Le message de l'administration est le suivant : on refuse de me donner un tout autre contrat CDD de crainte de devoir me titulariser.

En clair, on m'interdit d'exercer mon métier de chercheur en France dans la fonction publique. Travailler en CDI ou en CDD, peu importe finalement, mais nous réclamons un cadre administratif légal pour pouvoir continuer à travailler en France. On nous met à la porte, après notre CDD".

"Dans les labos canadiens, ça regorge de chercheurs français"

Nicolas, 32 ans, fait de la recherche en cancérologie à Toronto:

"J'ai quitté la France parce qu'après ma thèse, si je restais en France, j'allais tomber sous le coup de la loi Sauvadet – cette horrible loi Sauvadet.

A partir du moment où vous rentrez après votre thèse en recherche publique, votre temps est compté, au bout de 6 ans vous savez que vous allez devoir partir.

Donc après 8 ans d'étude et beaucoup de travail c'est très pesant. C'est pourquoi je suis parti au Canada. Ici il n'y a pas de loi Sauvadet, et même ceux qui n'ont pas eu le concours en France – c'est vrai que le nombre de place est extrêmement limité – sont extrêmement bien accueillies. Ici, ça regorge de chercheurs et de labos français. Dans les labos canadiens, ça parle notre langue à tous les étages. Ce sont tous des gens qui ont peur de tomber sous le coup de la loi Sauvadet ou qui sont tombés sous le coup de cette loi. Les canadiens les embauchent et ils produisent une recherche de qualité".

P. G. avec Eric Brunet