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Marc Touati: "Non, monsieur Valls, la City n'arrivera jamais en France"

Des salariés de la City de Londres.

Des salariés de la City de Londres. - Odd Andersen - AFP

Après le Brexit, Manuel Valls rêve d'attire en France banques et salariés de la City de Londres, après le Brexit. Il a annoncé une série de mesures pour favoriser leur installation en France. Un rêve irréalisable selon l'économiste Marc Touati, invité ce jeudi de Carrément Brunet. Une vision pessimiste critiquée par le journaliste des Echos, Edouard Tétro.

Manuel Valls, tout comme Anne Hidalgo, deux dirigeants socialistes, draguent "l'ennemi" de François Hollande : la finance. Le Premier ministre et la maire de Paris font la cour aux salariés et aux entreprises de la City de Londres, depuis le Brexit. Mercredi, après Anne Hidalgo, qui a annoncé vouloir faire de Paris "la première place financière européenne", Manuel Valls a annoncé une série de mesures, notamment fiscales, pour renforcer l'attractivité de la place financière de Paris (baisse de la fiscalité de l'impôt sur les sociétés, guichet unique, régime fiscal plus favorable pour les impatriés…).

"Pas assez fous pour s'installer en France"

Mais pour l'économiste Marc Touati, président du cabinet ACDEFI (Aux Commandes De l'Économie et de la Finance) et invité ce jeudi de Carrément Brunet, "la City n'arrivera jamais à Paris". "Même si on fait des cadeaux fiscaux aux entreprises et aux impatriés, on paiera toujours plus d'impôts en France qu'au Royaume-Uni. Mais il n'y a pas que les impôts : il y a la pression règlementaire, le marché du travail, les contrôles Urssaf, le coût du travail qui est énorme chez nous, un marché du travail rigide. Je ne connais pas un chef d'entreprise assez fou pour venir installer son entreprise ici. Et puis il y a la croissance économique en France : 0,4% par an depuis 10 ans, alors qu'en Angleterre elle est de plus de 2% par an".

Pour Marc Touati, "le problème c'est la France". "Un chef d'entreprise va regarder là où il y a le moins de pression règlementaire, donc il va aller au Luxembourg, en Irlande voire en Allemagne… Et il faut aller à l'étranger pour se rendre compte de l'image que toutes ces grèves nous donnent. L'image qui est véhiculée est extrêmement dangereuse".

"Il faut arrêter de s'auto-flageller"

Une vision pessimiste qui agace particulièrement Edouard Tétro journaliste aux Echos. "Le problème ce n'est pas la France, mais le défaitisme de certains. A rebours de ceux-là, nous avons Valérie Pécresse d'abord (présidente Les Républicains de la Région Ile-de-France), puis Anne Hidalgo et l'Etat avec Manuel Valls, qui font un marketing de la France et du Grand Paris pour attirer les sièges et les investisseurs de Londres".

"On sent qu'il se passe quelque chose. Et au lieu de critiquer ça avec du défaitisme il faut l'encourager. Il faut arrêter de s'auto-flageller".

Surtout, le journaliste croit dur comme fer à une arrivée en France d'une partie de la City. "La City de Londres est en train de s'effondrer sous nos yeux. L'immobilier commercial londonien est en train d'être vidé par les investisseurs. Tout cela va se rapatrier en Europe. Or nous avions une chance historique à jouer. Nos concurrents ont des atouts mais regardons les choses, la France c'est le deuxième marché de conso de l'UE, donc les sièges de multinationales voudront venir chez nous, car c'est là que ça se passe. Ce n'est pas un hasard si parmi les vingt premières banques, cinq sont françaises".

P. G.