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11-Novembre: le général de Gaulle avait gardé un caveau vide pour le dernier survivant des compagnons de la Libération

EXPLIQUEZ-NOUS - Le cercueil d’Hubert Germain, le dernier compagnon de la libération sera inhumé ce jeudi 11 novembre au mont Valérien. Les hommages ont commencé mercredi soir. Ils se déroulent selon un cérémonial imaginé par le général de Gaulle en 1945.

C’est une histoire effectivement assez étonnante. Il y a exactement 75 ans, en novembre 1945, le général de Gaulle avait décidé que le dernier survivant des 1.038 compagnons de la libération serait enterré au fort du Mont Valérien à Suresnes près de Paris, là où plus de mille résistants ont été fusillés par les allemands.

Une crypte avait été créée avec un caveau vide réservé au dernier des derniers. Ce jeudi soir, 75 ans après, selon les vœux de de Gaulle, ce caveau ne sera plus vide. Il va accueillir le cercueil d’Hubert Germain, mort il y a un mois exactement et qui avait accepté cet honneur.

Pourquoi avoir choisi le 11 novembre pour cet hommage?

Le 11 novembre c’est l’armistice et la fin de la première guerre mondiale en 1918, alors que les compagnons de la libération sont les combattants de la deuxième guerre mondiale. Encore une fois c’est de Gaulle qui l’a décidé ainsi en 1945. Il voulait "mélanger" les deux guerres pour créer un récit historique. Associer la gloire des poilus à celle des résistants.

Et le 11 novembre 45, le premier 11-Novembre après la capitulation de l'Allemagne, il a imaginé une grandiose cérémonie pour créer le mythe de la France résistante.

Le conseil des ministres a d’abord dessiné les profils de 15 victimes symboliques de l’Allemagne nazie. Il devait y avoir un et une déportée. Un homme et une femme de la résistance intérieure, un FFI, un prisonnier de guerre mort en tentant de s’évader, un marin, un aviateur, etc.

Puis fin octobre 45, aux Invalides, on a tiré au sort le nom de 15 personnes qui correspondaient à ces profils.

13 hommes et deux femmes

Pour les deux femmes, le sort a désigné Berthy Albrecht et Renée Levy. Renée Levy était une prof de lettre résistante décapitée à la hache par les Allemands dans la cour de la prison de Cologne en mai 43.

Berthy Albrecht était une protestante, cofondatrice du réseau de résistance "combat'', arrêtée à Dijon, torturée par Klaus Barbie lui même, retrouvée pendue à la prison de Fresnes, où elle s’est certainement suicidée pour ne pas parler.

Ces deux femmes et ces 13 hommes ont ensuite reçu un hommage spectaculaire

Le 10 novembre au soir, trois cortèges avec 5 cercueils chacun ont traversé Paris sur des véhicules militaires. Il faisait nuit et la ville n’était pas éclairée. Les cortèges étaient précédés de motards et suivis par la garde républicaine à cheval, les soldats munis de torches.

Les cloches de toutes les églises sonnaient. Le convoi s'arrêtait sur des lieux symboliques pour la sonnerie aux morts, des coups de canons ont été tirés, des dizaines de milliers de Parisiens étaient massés silencieusement sur les trottoirs.

Arrivés aux Invalides, les 15 cercueils ont été exposés toute la nuit pour que la foule leur rende hommage. Et ce n’était que le début.

Le lendemain 11 novembre, un nouveau cortège s’est rendu place de l’Etoile en traversant Paris au pas. Les cercueils des 15 héros de la deuxième guerre ont été placés autour de la tombe du soldat inconnu, héros de la première guerre.

De Gaulle était présent et avait ranimé la flamme. Les cérémonies avait duré toute la journée puis le soir, les corps des 15 résistants était partis pour Suresnes pour être enterrés dans la crypte du mont Valérien. Autour du caveau vide, le caveau numéro 9, celui qui était réservé au dernier survivant des Compagnons de la libération.

Cette histoire extraordinaire est racontée dans la biographie de Berty Albrecht signée Dominique Missika.

Aujourd’hui on va donc vivre l’épilogue de cette histoire

On va refermer cette page d’histoire avec une cérémonie calquée sur celle d’il y a 75 ans. Dès mercredi, le cercueil d’Hubert Germain a été exposé sous le dôme des Invalides. J’y suis passé vers 20 heures et j’ai trouvé cela très beau. Il n’y avait pas beaucoup de monde mais beaucoup d’émotion. 

Ce jeudi matin, le cercueil va être placé sur un char AMX 30 qui va emprunter le même trajet. Comme en 45, il va remonter les Champs-Elysées jusqu’à l’Etoile. Il sera lui aussi placé sous l’Arc de Triomphe près du soldat inconnu, recevra les honneurs militaires, puis comme en 45, il prendra ensuite la direction du Mont Valérien pour être inhumé dans la crypte. Comme de Gaulle l’avait décidé il y a 75 ans. 

Nicolas Poincaré (édité par J.A.)