RMC

A Bourges, un chirurgien accusé d'homicide sur un patient: "Il a pété un plomb"

TEMOIGNAGES - Une enquête pour homicide involontaire a été ouverte suite à la mort d'un patient au cours d'une intervention le 14 janvier dernier au centre hospitalier Jacques-Coeur de Bourges dans le Cher. Entré pour une banale opération de la prostate, il n'est jamais ressorti.

"Cette intervention était une véritable boucherie." Henry Latour, 60 ans, est entré à l'hôpital de Bourges dans le Cher pour subir une opération de la prostate le 14 janvier dernier. Quelques heures plus tard, il est décédé d'un arrêt cardiaque après une importante hémorragie. Le médecin qui l'a opéré aurait pratiqué des gestes "brutaux, violents" et "indignes", selon l'équipe médicale qui était présente au bloc. La famille du patient a porté plainte le 3 mars dernier pour homicide involontaire contre le chirurgien, Jérémie Marchand.

"Il était violent vis-à-vis de mon père"

Pourtant avant l'opération, Henry Latour avait rassuré sa fille Emilie en lui assurant que tout allait bien se passer. Une sérénité bien loin de l'état du chirurgien selon elle: "Quand il rentre dans le bloc, il est dans un état de nerfs incroyable, assure-t-elle à RMC. On peut dire qu'il a pété un plomb. Il insultait le personnel. Il était violent vis-à-vis de mon père. Il commence quand même l'opération et ça ne fait qu'empirer. Je ne comprends pas qu'à ce moment-là personne ne soit intervenu pour l'arrêter".

Mais pour Amélie Chiffert, l'avocate du chirurgien, rien ne peut être reproché à son client: "Il était dans son état normal lorsqu'il est arrivé au bloc opératoire", certifie-t-elle avant d'ajouter qu'il s'agissait simplement d'un cas "d'un chirurgien qui a dû gérer une complication et qui, à ma connaissance, a su faire preuve de sang-froid pour la gérer". Pourtant, l'anesthésiste sur place parle lui dans son rapport post-opératoire de "véritable boucherie". Le chirurgien y est décrit comme hors de lui, dès le début de l'opération. "C'est du matériel de merde", lance-t-il à une infirmière.

Pas d'autopsie

A l'agressivité des paroles suit celle des gestes d'où une impressionnante hémorragie. A cet instant, le patient est sous anesthésie locale et entend donc tout ce qui se trame autour de lui. Il perd beaucoup de sang, sa tension s'affaiblit, puis il décède. Mais son calvaire n'est pas fini. Le médecin se met à frapper le cadavre dans une crise d'hystérie. Il déclare ensuite à la famille que le patient a été victime d'un aléa thérapeutique. Alors que l'anesthésiste avait préconisé dans son rapport une autopsie, le sexagénaire sera incinéré avant toute analyse des causes de sa mort.

A noter que dans un autre courrier, adressée à la direction, sept anesthésistes déclarent ne plus vouloir endormir les patients du docteur Marchand, mettant en cause "ses compétences et ses aptitudes mentales". A ce jour, Jérémie Marchand n'opère plus mais continue ses consultations à l'hôpital.

Maxime Ricard avec Claire Checcaglini