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A Pouilly-en-Auxois, il y a cinq mois, les premiers migrants arrivaient

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REPORTAGE - Afin de désengorger Calais, depuis le mois de février, une cinquantaine d’Erythréens, de Soudanais et de Tchadiens vivent dans une ancienne caserne de gendarmerie de Pouilly-en-Auxois (Bourgogne). Une cohabitation inédite pour les habitants.

La question des migrants n'en finit plus de faire débat ces dernières semaines. Face à la pression, le gouvernement doit présenter ce mercredi en conseil des ministres un plan pour mieux prendre en charge ces migrants demandeurs d’asile. L’objectif de Manuel Valls est clair: éviter la formation de nouveaux camps provisoires, des camps indignes de notre pays selon le Premier ministre.

"Ils ne font pas de bazar"

Pour cela, les préfectures vont réquisitionner des bâtiments vides appartenant à l’Etat. Les migrants seront ensuite répartis par petits groupes dans ces bâtiments partout sur le territoire. Une expérience déjà tentée en début d’année par le gouvernement. En effet, pour désengorger Calais, à Pouilly-en-Auxois, une petite ville de Côte d’Or collée à l’autoroute A6, depuis le mois de février, une cinquantaine d’Erythréens, de Soudanais, de Tchadiens vivent dans une ancienne caserne de gendarmerie. Si au départ, l’arrivée de ces migrants dans cette ville rurale a suscité beaucoup d’inquiétudes, qu’en est-il cinq mois après?

"Ils ne font pas de bazar", assure William, le patron de la supérette située au centre de cette petite ville de 1 600 habitants. Au début, ces migrants ont eu des difficultés à se faire comprendre car très peu d'entre eux parlent le français ou l'anglais. Alors ils communiquaient en dessinant. Mais pour les aider, spontanément, 25 bénévoles ont décidé de leur apprendre le français. "C'est un acte citoyen, humain. Et puis, il faut vraiment faire quelque chose pour aider ces gens", explique, Anne, retraitée, qui n’a pas hésité une seconde avant de donner ce coup de main.

"Ils nous apprennent beaucoup"

Ces réfugiés font donc partie du quotidien de la ville. Tous sont demandeurs d’asile et tous ont connu des années d’errance avant d’arriver en France. Une leçon de vie pour Corinne: "Ils nous apprennent beaucoup de choses, notamment que l'on ne se rend pas toujours compte de la chance qu'on a et qu'en fait dans d'autres pays c'est très difficile. Nous, on se plaint alors qu'en fait on n'est pas si mal loti que cela je pense". De nombreux habitants leur aussi donner des vêtements, des télévisions et même des vélos pour qu’ils puissent se déplacer plus facilement.

Le week-end dernier, ces réfugiés sont même allés faire de la voile avec une association. Une belle réussite donc alors même que ce n’était pas gagné au départ selon Bernard Milloir le maire de Pouilly-en-Auxois: "Notre ville n'avait jamais été confrontée à l'immigration. Il s'agissait des premiers gens de couleur à s'installer ici. Alors on a essayé de bien faire les choses et je pense que l'on a réussi". Et de se féliciter: "On peut servir de valeur d'exemple". Alors bien sûr, certains habitants ont toujours du mal à accepter la présence de ces demandeurs d’asile mais au fil des semaines ils sont de moins en moins nombreux.

Maxime Ricard avec Céline Martelet