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"A priori gitans et dangereux", "discours altermondialiste": Ikea jugé pour un "système d'espionnage" de ses salariés

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D'Avignon à Reims en passant par l'Ile-de-France, ils sont des centaines, selon l'accusation, à avoir fait l'objet d'une surveillance illégale de la part Ikea France.

C'est un procès très attendu qui s'ouvre ce lundi à 10h devant le tribunal correctionnel de Versailles: la filiale française d'Ikea et plusieurs de ses anciens dirigeants sont sur le banc des prévenus. Ils sont soupçonnés d'avoir mis en place, au début des années 2000, un système de surveillance totalement illégal afin d'espionner des salariés ou des clients.

D'Avignon à Reims en passant par l'Ile-de-France, ils sont des centaines, selon l'accusation, à avoir fait l'objet d'une surveillance illégale de la part Ikea France.

Le département "gestion des risques" du géant de l'ameublement aurait ainsi fait appel, pour plus de 600.000€ par an, à des enquêteurs privés pour obtenir des informations confidentielles, parfois sur ses clients, mais surtout sur ses salariés ou candidats à l'embauche, comme le casier judicaire, les relevés de comptes bancaires...

Les documents saisis font état d'un climat de paranoïa. "A priori gitans et considérés comme dangereux", "S'adonne au trafic de stupéfiants", "Tient un discours altermondialiste": voilà ce que l'on peut lire au sujet de certains salariés, pour certains syndiqués.

74 parties civiles

Révélée par le Canard Enchaîné et Mediapart en 2012, l'affaire instruite après une plainte du syndicat FO avait ébranlé Ikea France, contrainte de licencier quatre hauts responsables. 

Sur le banc des prévenus à partir de lundi à Versailles, un curieux mélange des genres: d'anciens dirigeants d'Ikea France mais aussi des policiers et le patron d'une société privée de surveillance, accusés d'avoir espionné des salariés de la filiale française du géant suédois de l'ameublement.

Face aux 74 parties civiles, les prévenus auront notamment à répondre des chefs de collecte et divulgation illicite d'informations personnelles, violation du secret professionnel ou encore de recel de ces délits, ce qui expose certains d'entre eux à une peine maximale de dix ans d'emprisonnement.

De son côté, Ikea réfute les accusations d'espionnage généralisé. L'enseigne encourt près de 4 millions d'euros d'amende.