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Accouchement: "On se retrouve avec des péridurales déguisées"

Un accouchement avec ou sans péridurale? Selon une étude de l'Inserm, publiée le 24 août dernier, l'utilisation de la péridurale est excessive. Sophie Guillaume, présidente du Collège national des sages-femmes de France, répondait aux questions de Jean-Jacques Bourdin.

"Dans un pays comme le nôtre, c’est un peu dommage qu’il n’y ait pas cette offre de soin: l’accouchement sans péridurale". Selon une étude de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), publiée le 24 août dernier, l'utilisation de la péridurale est excessive. Sophie Guillaume, présidente du Collège national des sages-femmes de France, a exigé ce jeudi sur RMC une "réflexion" sur la question.

En 2010, 81% des femmes qui allaient avoir un enfant ont eu une péridurale contre 54% en 1995. L'étude montre aussi qu'un quart des femmes qui refusent la péridurale en ont quand même une.

"Les cadences sont de plus en plus importantes"

"Il y a bien des situations où l’on ne peut pas exaucer le vœux des femmes d’accoucher sans péridurale", a avoué Sophie Guillaume, qui exerce le métier à l’hôpital Necker, à Paris.

"Nos maternités, depuis vingt ans, ne cessent de se regrouper, de grossir. Les cadences de plus en plus importantes. Et lorsque nous avons à gérer, par exemple, neuf salles d’accouchement pour trois sages-femmes…C’est une question de disponibilité".

Et pour cause: sans péridurale, les sages-femmes doivent être au plus près de la patiente, parce que la souffrance peut être plus forte lors de l’accouchement.

"Des péridurales orientées"

"La grosse différence, c’est douleur et souffrance. Il peut y avoir des douleurs qui ne sont pas vécues comme des souffrances. Et c’est là où, si on les laisse seules, que ça peut devenir une souffrance. Et c’est une violence". 

"Accoucher sans péridurale nécessite une présence humaine, un accompagnement, une aide", a-t-elle poursuivi. "Donc on se retrouve avec des péridurales pas imposées mais déguisées, orientées".

"Petite lueur d’espoir", selon elle, les premières maisons de naissances expérimentales devraient ouvrir leurs portes dans les prochains mois en France. "Mais on sait très bien qu’il y en aura pas beaucoup compte-tenu du cahier des charges", a regretté Sophie Guillaume.

C. P. avec Jean-Jacques Bourdin