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Accusé de trafic de clandestins: "Quand on m'a proposé 1.000 euros par passager…"

La plupart des traversées partait du petit port de Paimpol (Côtes d'Armor)

La plupart des traversées partait du petit port de Paimpol (Côtes d'Armor) - AFP

TEMOIGNAGE RMC - Au total 18 personnes, dont 14 bretons, sont jugées cette semaine à Rennes pour leur participation supposée au transport illégal de clandestins albanais de la France vers l'Angleterre. Parmi eux, André risque 18 mois de prison ferme. Il a accepté de s'expliquer ce jeudi dans Bourdin Direct.

Dix-huit personnes, dont 14 bretons, soupçonnées d'avoir participé entre 2012 et 2013 au passage vers l'Angleterre de plus d'une centaine de clandestins albanais, sont jugées depuis lundi matin et pour cinq jours au Tribunal de Grande instance de Rennes. Plus précisément le 12 janvier 2013, deux jeunes marins bretons sont contrôlés au large de Cherbourg. A bord de leur voilier, les douaniers découvrent 14 clandestins albanais. S'ouvre alors une affaire qui va révéler un trafic de très grande ampleur entre l'Albanie, la France et l'Angleterre. Près de trois ans après les faits, ce mercredi, la procureure a requis de 6 mois à 2 ans de prison ferme à l'encontre des 13 skippers accusés d'avoir transporté au total, entre janvier 2012 et janvier 2013, 200 clandestins.

Ils partaient du port de Paimpol, Saint-Quai-Portrieux, Erquy ou Saint-Brieuc, direction les côtes anglaises. Ces skippers étaient recrutés et rémunérés par un réseau très organisé. La procureure évoquant des sommes de 6.000 euros, et jusqu'à 20.000 euros pour une famille. Parmi les accusés, André. Ce marin reconnaît avoir traversé deux fois la Manche avec des clandestins à bord de son bateau. Alors qu'il risque 18 mois de prison ferme, ce jeudi, il s'explique sur RMC.

"J'avais besoin de cet argent"

"A l'époque, j'étais en situation précaire. J'étais sans emploi et quand on m'a proposé 1.000 euros par passager pour faire ce 'travail'… Je dois bien reconnaître que cette somme multipliée par sept personnes, cela me permettait de voir un petit plus loin…", confie-t-il. Et de détailler ses traversées: "J'ai embarqué des Albanais, de nuit, depuis un port voisin. Il m'a fallu un peu moins de 24 heures pour rallier l'Angleterre". "Ma démarche était peut-être stupide, concède-t-il aujourd'hui. Mais en même temps, je dois reconnaître que j'avais besoin de cet argent".

"C'est effectivement de l'argent facile: tu loues un bateau, je te donne 6.500 euros, admet Natacha Bernard, l'avocate de John, l'un des skippers accusés. Aujourd'hui, il regrette. Notamment avec l'actualité récente, il se rend bien compte de son erreur. Mais à l'époque, ils n'ont pas du tout mesuré la gravité de leurs actes. En effet, il m'expliquait qu'ils entendaient les Albanais hurlés de joie quand ils arrivaient sur les plages anglaises. Il se disait qu'il allait leur offrir une vie meilleure…"

Comment ces jeunes marins sont-ils devenus des passeurs de clandestins?

Erwan, Samuel, Yoahn et les autres se connaissent tous depuis le lycée maritime de Paimpol (Côtes d'Armor). Ils se croisent régulièrement sur le port parce que certains sont devenus pêcheurs, d’autres mécaniciens et d’autres travaillent sur les ferries. Mais à l’époque, ces jeunes de 23 ans, enchaînent plutôt chômage et petites missions intérim… Alors quand, au bar du coin, une de leur connaissance leur propose une affaire juteuse, il n’hésite pas une seconde.

Il s’agit de transporter en bateau des Albanais jusqu’en Angleterre de nuit. La traversée est payée 1.000 euros par passager. L’un après l’autre, ils louent donc un voilier et traverse la Manche transportant les clandestins en cabine, qu’ils déposent, au petit jour, sur une plage anglaise. Ils ont touché en moyenne 6.000 euros chacun pour deux traversées de la Manche. Ils risquent 6 mois à 2 ans de prison ferme.

Maxime Ricard avec Amandine Dubiez