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Affaire d'Outreau: "On nous prend tous pour des pédophiles"

Dix ans après, les habitants d'Outreau se sentent encore stigmatisés

Dix ans après, les habitants d'Outreau se sentent encore stigmatisés - PHILIPPE HUGUEN / AFP

REPORTAGE - La justice rouvre pour la troisième fois le dossier d’Outreau. Après avoir été blanchi en 2005 comme douze autres accusés, Daniel Legrand fils, 33 ans, comparaîtra à partir de mardi à Rennes. RMC s'est rendue dans cette ville du Pas-de-Calais, où dix ans après, les habitants se sentent, aujourd’hui encore, stigmatisés.

Victimes et acquittés de l'affaire de pédophilie d'Outreau, considérée comme l'un des pires fiascos judiciaires de ces dernières années, s'apprêtent à revivre un nouveau procès, avec l'ouverture mardi à Rennes de celui de Daniel Legrand fils, l'une des 13 personnes mises hors de cause dans cette affaire en 2005. Poursuivi pour des viols et agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans en réunion qu'il est accusé d'avoir commis alors qu'il était mineur et qui n'ont jamais été jugés, il encourt 20 ans de réclusion (son acquittement en 2005 portait sur des faits qui auraient été commis quand il était majeur).

Si dix ans après le dernier procès, la ville d'Outreau a bien sûr retrouvé sa vie d'avant, les habitants se sentent, aujourd’hui encore, stigmatisés. En effet, l'étiquette de cette affaire leur colle à la peau comme le constate Olivier: "Il y a toujours un préjugé. On est catalogué… On nous prend tous pour des pédophiles". Et partout dans la ville, quand le sujet est abordé, le malaise est palpable. La preuve, Julien préfère mentir sur ses origines.

"C'est resté dans les mémoires"

"On préfère dire que l'on vient de Boulogne plutôt qu'Outreau parce que les gens font tout de suite référence à l'affaire d'Outreau alors que nous on y est pour rien. Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac, implore-t-il. Moi, par exemple, je suis joueur de foot et dès que l'on joue contre une autre équipe on est stigmatisé comme pédophile alors qu'on y est pour rien. De moins en moins certes mais on en entend encore quelque fois".

Et avec ce troisième procès, le sujet agite de nouveau les conversations dans la ville comme l'explique Bernard: "Vous pouvez aller partout, les gens en parlent. C'est resté dans les mémoires… On y pense toujours… C'est quand même une histoire qui a marquée bien des gens". Les élus eux n’ont pas souhaité s’exprimer. Ils veulent rester le plus loin possible de cette nouvelle étape judiciaire, le "procès de trop" selon eux. A noter enfin qu'aujourd’hui, tous les protagonistes de cette affaire ont quitté la ville.

Maxime Ricard avec Lionel Top