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Affaire Vincent Lambert: "On ne doit pas tuer les gens handicapés"

Les parents de Vincent Lambert, un tétraplégique de 38 ans plongé dans un état végétatif depuis six ans

Les parents de Vincent Lambert, un tétraplégique de 38 ans plongé dans un état végétatif depuis six ans - HERVE OUDIN / AFP

La cour européenne des droits de l’Homme se penche ce matin sur le sort de Vincent Lambert, tétraplégique de 38 ans plongé dans un état végétatif après un accident de la route en 2008. RMC s'est rendue dans une maison de santé dans laquelle les parents Lambert veulent hospitaliser leur fils. Reportage.

"Laisser partir" Vincent Lambert ou le maintenir artificiellement en vie: la Cour européenne des droits de l'Homme se penche mercredi sur le sort de ce tétraplégique en état végétatif suite à un grave accident de la route en 2008. Les juges de Strasbourg vont examiner, lors de cette audience, le conflit entre son épouse qui souhaite le laisser partir, et ses parents, qui refusent l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation artificielle de leur fils.

A noter que ce sont les parents de Vincent qui ont saisi la CEDH. Ils contestent en effet la décision rendue en juin par le Conseil d’Etat, qui autorise la fin des traitements. La mère de Vincent Lambert s'explique ce mercredi sur RMC-BFMTV: "Je veux dire aux juges qu'on ne doit pas tuer les gens qui sont handicapés. Vous vous rendez compte du message que la France laisser. Si c'était le cas, je ne serais pas fière d'être Française. Mais j'y crois".

"Redonner à l'autre sa place d'homme"

Le cas de Vincent Lambert est un cas hyper médiatisé. Mais loin d’être un cas isolé. RMC s'est rendue à Oberhausbergen, à quelques kilomètres de Strasbourg, dans un centre dédié à l’accueil de ces patients où les parents de Vincent veulent hospitaliser leur fils. Dans cette maison de santé il y a dix patients et aucun n'est traité différemment. "On les maquille, on leur fait des séances de manucure, de vernis. Le choix des vêtements aussi n'est pas anodin. Le but est qu'ils ne restent pas en chemise d'hôpital pendant des années. C'est redonner à l'autre sa place d'homme, c'est primordial", certifie, dans Bourdin Direct, Marie, la cadre du service.

Tout comme il est primordial de leur parler régulièrement : "On a pour habitude de dire qu'ils ont tous leurs récepteurs qui fonctionnent. C'est donc important de toujours les stimuler et les garder dans toute leur humanité, c'est-à-dire leur parler comme à n'importe qui. C'est très, très important". Chaque jour, les patients sont installés dans des fauteuils spécialisés, ils ont des sorties organisées, leurs chambres sont décorées…

"Un projet de mort programmé"

On est donc très loin de la froideur d'une chambre d'hôpital classique où se retrouvent pourtant la plupart des patients tels que Vincent Lambert. Ce que regrette le Dr Bernard Jeanblanc, le médecin-chef du service : "Leur quotidien c'est d'être dans une chambre fermée à clef. Pourtant une mise en fauteuil permettrait une sortie".

Et d'estimer donc: "Chez Vincent, on n'est pas dans un projet de vie mais dans un projet de mort programmée et ça s'est catastrophique". A noter que les parents de Vincent Lambert avaient demandé au Dr Jeanblanc d'accueillir leur fils. Un transfert rendu impossible par les désaccords familiaux et les procédures judiciaires…

Maxime Ricard avec Marie Regnier