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Agression antisémite à Marseille: "renoncer à notre identification religieuse, c'est reconnaître que les extrémistes ont gagné"

Le président du consistoire israélite de Marseille a préconisé l'abandon du port de la kippa dans la rue, au moins provisoirement.

La kippa ferait-elle des Juifs une cible des terroristes ? C'est tout le débat après la demande du Consistoire Israélite de Marseille aux juifs de la ville de ne plus porter pendant quelques temps la kippa, jusqu'à "des jours meilleurs". Un appel lancé après l'agression de l'enseignant juif à Marseille.

RMC a interrogé des Français de confession juive sur la question. Herzl, par exemple, comprend cet appel du consistoire de Marseille. Quand il sort de la synagogue, il enlève toujours sa kippa, il ne la porte jamais dans la rue, pour ne pas risquer une agression. "Cela permettra au moins d'éviter des catastrophes. C'est la meilleure manière de nous protéger."

Certains croyants ont déjà remplacée leur kippa par un autre chapeau. Comme Jacques Nezri, le rabbin de la synagogue séfarade de Lyon.

"J'ai une casquette comme couvre-chef. Malheureusement il n'arrive pas une semaine où, moi-même, lorsque je me déplace dans la rue, il n'y ait pas une voiture qui passe à toute vitesse dans la rue, où l'on m'interpelle ou l'on me stigmatise."

"Il ne faut pas se cacher, mais continuer de vivre"

En 2003 déjà, le Grand Rabbin de France lui-même avait demandé aux juifs de remplacer leur kippa par une casquette, après l'incendie d'une école juive à Gagny, en Seine-Saint-Denis.

Mais à l'inverse, Elisa ne souhaite pas perdre son identité juive. Cette mère de famille veut même la défendre, quitte à prendre des risques. "Mon mari porte la kippa, mon fils aussi. Ils l'ont toujours porté. Renoncer à notre identification religieuse, c'est reconnaître que les extrémistes ont gagné."

Le Grand Rabbin de France et le Crif ont dénoncé une attitude défaitiste et de renoncement. Nicole Bornstein, la présidente du Crif de la région Rhône-Alpes, demande quant à elle aux juifs de ne pas céder à la peur.

"Les juifs n'ont pas envie de se cacher. Ceux qui ont envie de continuer dans leur lieu de culte avec leur kippa sur la tête continue et continueront d'y aller. Les juifs qui vivent en France sont des juifs debout. Ils résistent et sont au côté de tous leurs concitoyens pour résister. On n'a pas peur, on est résistants, il faut continuer de vivre, comme le disaient les jeunes après le Bataclan. Il ne faut pas se cacher, mais faire attention comme n'importe quel autre citoyen."

Gwenaël Windrestin