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Alcoolisme chez les femmes: "J'en avais besoin comme j'avais besoin de manger"

Publiée ce mardi, une enquête montre que, à l'inverse des hommes, plus les femmes sont diplômées, plus elles ont une consommation élevée (illustration)

Publiée ce mardi, une enquête montre que, à l'inverse des hommes, plus les femmes sont diplômées, plus elles ont une consommation élevée (illustration) - SONNY TUMBELAKA / AFP

Une enquête de l'OCDE sur l'alcool tire la sonnette d'alarme. Publiée ce mardi, elle montre que, à l'inverse des hommes, plus les femmes sont diplômées, plus elles ont une consommation élevée.

Si la consommation d'alcool pur n'a cessé de baisser depuis trente ans, la France reste sur le podium des plus gros buveurs d'alcool dans la zone des 34 pays de la zone OCDE derrière l'Estonie et l'Autriche. C'est ce qui ressort du rapport de l'OCDE, l'Organisation de coopération et de développement économiques, publié ce mardi. Et l'organisation appelle à être particulièrement vigilant sur l'alcoolisme des femmes, surtout les plus diplômées. En effet, selon cette enquête, contrairement aux hommes, les femmes ayant un niveau d'éducation élevé ont deux fois plus de chances de basculer dans la consommation d'excessive que les femmes ayant fait peu d'études.

C'était le cas par exemple de Laurence Cottet rencontrée par RMC. Directrice dans une grande entreprise du bâtiment, elle a plongé dans l'alcoolisme. Elle a mis 10 ans à s'en sortir. " Ce n'est pas une question d'intelligence. Moi, j'ai fait des études mais je n'ai pas vu le danger de l'alcoolisme. J'étais une des rares femmes cadre supérieur dans le secteur du BTP et j'ai cru, bêtement, que, pour me faire un peu mieux accepter, picoler avec les hommes rendrait les choses plus faciles", témoigne-t-elle.

"Entre six et neuf verres par soir"

De son côté, Sylvie, 58 ans, chef d'entreprise en informatique est sortie de l'alcoolisme il y a six ans. Aujourd'hui, elle assure qu'elle buvait avant tout de l'alcool pour s'intégrer en société: "Je ne suis pas tombée dans l'alcool parce que j'étais déprimée dans ma vie. J'ai commencé à boire pour enlever ma timidité et après je n'ai jamais arrêté." Et de revenir sur sa consommation: "Je buvais entre six et neuf verres par soir. Je buvais sous prétexte de la pression mais quand il y avait des choses à fêter, je buvais sous prétexte des choses à fêter. C'était un manque compulsif: j'en avais besoin comme j'avais besoin de manger".

Laurence Cottet a, elle aussi, réussi à décrocher il y a six ans. Aujourd'hui, elle anime des groupes de parole pour des femmes alcooliques et rencontre beaucoup de profils similaires au sien: des femmes sous pression, qui tentent de concilier vie professionnelle et vie familiale. Des femmes pour qui l'alcool devient comme un médicament comme l'explique Fatma Bouvet de la Maisonneuve, addictologue et spécialiste de l'alcoolisme au féminin.

"Plus de témoignages et de prévention"

"Ce sont des femmes qui disent devoir en faire dix fois plus que les autres. Elles utilisent alors l'alcool pour s'anesthésier, pour oublier, dormir, s'éloigner… Pour que cela cesse", affirme-t-elle. Et pour cacher cet alcoolisme, ces femmes, parfois chef d'entreprise, utilisent de véritables stratagèmes: elles dissimulent leurs cernes sous du maquillage, mettent des parfums forts pour camoufler les vapeurs d'alcool…

Si aujourd'hui la prévention autour de l'alcoolisme chez les femmes est surtout axée sur les femmes enceintes, cela demeure insuffisant pour Laurence Cottet : "Pour ma part, je n'ai pas été prévenue. C'est à 50 ans que je me suis rendue compte que j'étais foutue. Donc il faut beaucoup plus de témoignages et de prévention". C'est donc un appel que lance cette ancienne alcoolique. Un appel à agir vite notamment parce que les effets de l'alcool sur la santé des femmes sont plus violents et rapides que chez les hommes.

M.Ricard avec C.Martelet et R.Poisot