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Après les attentats de Copenhague, la déradicalisation "made in Danemark" en question

Depuis lundi, six députés PS, dont Sebastien Pietrasanta, et UMP, dont Eric Ciotti, président de la Commission d'enquête de l'Assemblée sur "le suivi des filières jihadistes", sont au Danemark pour étudier les "modules de déradicalisation" mises en place dans le royaume dès 2007. De quoi s'agit-il? Explications.

La France a été en 2014 confrontée à une explosion du nombre d'apprentis-jihadistes partant pour la Syrie et l'Irak. Face à ce constat, les autorités cherchent des solutions pour éradiquer toute velléité de départ. Ainsi au mois de décembre dernier, l'Assemblée nationale a autorisé la création d'une Commission d'enquête visant "à procéder à l’analyse de l’efficacité des moyens de prévention, de détection et de surveillance des filières et des individus religieusement radicaux et présentant des risques manifestes de réalisation d’actes terroristes". Suite aux attaques du mois de janvier à Paris, décision avait été prise de se rendre au Danemark pour étudier de près leur méthode en matière de déradicalisation.

Il faut dire que le royaume fait figure de pionnier en matière de lutte contre le jihadisme. En effet, suite à la polémique entourant la publication des caricatures de Mahomet dans le pays, le Danemark s'est doté, en 2007, de deux centres de déradicalisation: l'un à Copenhague, l'autre à Aarhus. Or, hasard du calendrier, six députés PS, dont Sébastien Pietrasanta, et UMP, dont Eric Ciotti, président de cette Commission d'enquête, se trouvent depuis lundi sur place pour étudier le modèle danois.

Politique de la main tendue

"Ce sont deux processus soutenus et financés en partie par le gouvernement danois mais mis en place par les collectivités locales et qui ont pour objectif d'accompagner un certain nombre de ressortissants danois pour éviter qu'ils ne se radicalisent complètement ou pour les déradicaliser", explique sur RMC Sébastien Pietrasanta.

A Aarhus, 10 jihadistes (sur les 30 partis en Syrie en 2013, ndlr) participent actuellement, et de manière totalement volontaire, à ce programme. Ils bénéficient alors d'une aide psychologique plusieurs fois par semaine pour comprendre leur endoctrinement dans l'islamisme radical et les en sortir mais surtout les aider à retrouver le cours de leur vie. Une assistance qui a pour objectif final un retour aux études ou à l'emploi afin de les "réhumaniser, les remoraliser". Le Danemark privilégie donc la main tendue à l'inverse des autres pays européens qui choisissent de renforcer les sanctions.

Un travail en amont

"C'est un modèle original, souligne, sur RMC, Eric Ciotti, président de la Commission d'enquête. Ce dispositif permet de détecter le début de radicalisation puisque les enseignants signalent par exemple les dérives qu'ils perçoivent, détectent dans une dissertation. Ils alertent ensuite les services et un travail social se met en place en étroite relation avec la police". "Comme c'est sur la base du volontariat, on peut se poser la question de sa transposition en France", redoute toutefois Sébastien Pietrasanta.

Avant de détailler quelque peu le programme de ces centres: "Il y a un système de mentors qui est mis en place. Un mentor c'est un référent qui suit le jeune, l'accompagne dans sa réinsertion professionnelle. C'est une sorte de coach personnel". Quant au centre de Copenhague, il accueille actuellement 50 personnes mais aucune ne revient de Syrie. "Ce sont des gens qui sont traités en amont, avant qu'ils ne souhaitent partir en Syrie ou en Irak, avec la volonté de vouloir les traiter le plus rapidement et le plus tôt possible pour éviter une radicalisation encore plus importante", analyse le député socialiste dans Bourdin Direct.

"Résultats plutôt positifs"

Et de justifier les raisons du voyage des députés: "On va voir si ça marche au Danemark. Les résultats ont l'air plutôt positif malgré les événements de ce week-end. Mais la question que l'on va se poser est de savoir si ce qui marche ici peut marcher en France. Car nous n'avons pas forcément la même société, les mêmes habitudes, les mêmes populations…".

A noter qu'en France, il existe une seule et unique cellule de prévention du terrorisme. A l'intérieur, deux psychologues, deux psychiatres et deux médiateurs religieux qui ont pour objectif d'empêcher tout départ vers la Syrie ou l'Irak.

M.Ricard avec JJ Bourdin et A.Rosique