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Arctique: "il va y avoir une très grande bataille juridique entre les pays pour en avoir la souveraineté"

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La Russie a revendiqué mardi devant l'ONU la souveraineté sur une partie de l'Arctique, qui recèle vastes réserves d'hydrocarbures. Vincent Groizeleau, rédacteur en chef du site internet MerEtMarine.com, invité de RMC ce mercredi matin, a livré son analyse.

Adrien Borne: La Russie revendique la souveraineté sur plus d'un million de km carrés dans l'Arctique. Est-ce une revendication singulière?

Vincent Groizeleau: Il n'y a pas que la Russie, beaucoup de pays ont ces revendications. Le droit de la mer a progressivement évolué au 20e siècle. Les frontières territoriales terrestres étaient plutôt bien fixées, les frontières maritimes beaucoup moins. Il y a eu différentes conventions internationales, il y a eu notamment celle de 1982, la convention de Montego Bay qui a fixé que pour chaque pays au large de ses côtes avait droit à 200 miles nautiques soit 370 km de zone économique exclusive, c'est-à-dire un volume d'eau dans lequel il a la souveraineté d'exploitation sur tout ce qu'il peut y trouver. On peut pêcher, on peut faire des exploitations offshore.

A cette époque-là le offshore se faisait à faible profondeur. Depuis, la technologie s'est amélioré, on va chercher le pétrole beaucoup plus profondément -jusqu'à plus de 10.000m d'eau puis de plancher sous-marin-, donc on va de plus en plus loin chercher des réserves d'hydrocarbures de gaz, de minéraux, de terres rares.

AD: Il s'agit donc d'un intérêt très stratégique?

VG: Oui, il y a beaucoup de ressources en mer qui intéressent de nombreux pays et la raréfaction des matières première à terre fait que la course à l'or bleu est lancée. Il y a des dizaines de pays qui réclament l'extension de leur domaine maritime.

Ils s'appuient pour cela sur une disposition juridique qui montre que l'on peut demander une extension maritime auprès de l'ONU si on peut prouver que le plateau continental, c'est-à-dire la partie sous-marine qui est le prolongement de la terre émergée lui appartient géologiquement. C'est ce que les Russes essaient de faire depuis plus de 10 ans: prouver que cette partie de la Terre leur appartient.

La conquête des espaces maritimes sera l'enjeu stratégique majeur de ce siècle. Partout dans le monde on voit des revendications territoriales: par exemple la mer de Chine. La Chine, le Vietnam, tous les pays du secteur revendiquent des ilots pour pouvoir exploiter les ressources de la mer autour.

La France n'est pas exclue. Elle possède le 2e domaine maritime mondial a aussi fait des demandes auprès de l'ONU pour étendre son domaine maritime dans l'océan indien au sud des îles Kergelen qui sont des eaux potentiellement très riches.

AB: L'Arctique serait donc la future Arabie Saoudite?

VG: Les prévisions tablent sur plusieurs milliards de tonnes d'hydrocarbures, c'est énorme mais ce sont des estimations et encore faut-il avoir le droit de les exploiter. Ce sont des zones écologiquement très sensibles.

Il y a des glaces et quand il y a des accidents dans le offshore pétrole –même s'ils sont très rares-, c'est dramatique. Et si un accident survient dans ces zones-là, comment se débrouille-t-on pour tout nettoyer? Avec des glaces au-dessus de l'eau c'est quasiment impossible.

Ces demandes doivent être étayées avec des recherches scientifiques extrêmement poussées. La Russie revendique ce territoire mais ce n'est pas pour autant qu'ils l'obtiendront. Cette zone est extrêmement convoitée pour ses ressources potentielles et donc on va avoir une très grande bataille juridique dans les années qui viennent pour en avoir la souveraineté.