RMC

Attentats: les hommages anonymes, "sources majeures d'un événement majeur"

REPORTAGE - Les dessins, photos et messages déposés par les anonymes sur les lieux des attentats du 13 novembre sont récupérés petit à petit, tous les jours, par des volontaires. RMC a pu pénétrer dans la salle de tri des Archives de Paris, où ces hommages sont classés, numérisés et archivés.

Plus d'un mois après la nuit meurtrière du 13 novembre dernier, la ville de Paris a commencé à collecter les milliers d'hommages déposés sur les lieux des attentats. Les dessins, photos, messages laissés par les anonymes sont récupérés petit à petit, tous les jours, par des volontaires des Archives de Paris. Ils sont épaulés sur place par les agents des services de propreté de Paris, qui jettent en même temps les bougies consumées et les fleurs fanées.

Les hommages les plus détériorés sont ramassés en priorité, et envoyés vers la salle de tri des Archives de Paris, où ils seront classés, numérisés et archivés. RMC a pu pénétrer dans cette salle, située dans le 19ème arrondissement.

"Délicatement retirer les dessins de leurs pochettes"

Ce jour-là, Audrey, Gérald, Gaétan, trois volontaires, reviennent de leur collecte devant le restaurant la Casa Nostra. Dans leur chariot, des dizaines de dessins et de messages ramassés sur place. Audrey doit rapidement s'en occuper.

"Donc là, ce qu'on est en train de faire, c'est de délicatement essayer de retirer les dessins des pochettes plastique", explique-t-elle à RMC. "Ensuite, on les dépose sur du papier intissé. Donc ça absorbe l'humidité, pour qu'ils puissent sécher".

"Des mots extrêmement touchants"

Direction ensuite le centre de décontamination. Dans cette grande salle, les étagères sont remplies de cartons, étiquetés "Bataclan", "La Belle Equipe", ou "La Bonne Bière". Au milieu des ciseaux, cutters, scotch et marqueurs, Emilie essaie de ne pas trop s'attarder sur les messages.

"Sinon, on se laisse forcément submerger par l'émotion", confie-t-elle au micro de RMC. "Il y a des mots qui sont extrêmement touchants. Celui qui m'a le plus marquée, c'était la carte d'un médecin réanimateur qui s'excusait de ne pas avoir réussi à sauver une dame".

"Une source majeure"

Une fois décontaminés, les documents sont classés et numérisés. Pour le directeur des Archives de Paris, Guillaume Nahon, ce travail est capital.

"C'est important parce que c'est une source majeure d'un événement majeur de l'Histoire de Paris", estime-t-il. "C'est très récent, mais on est tous absolument conscients du caractère historique de ces événements".

Un site Internet sera bientôt mis en ligne pour que les citoyens puissent consulter ces documents. En attendant peut-être la création d'un monument en hommage aux victimes.

C. P. avec Benjamin Smadja