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"Aujourd'hui la modernité est du côté des terroristes", estime une ancienne juge antiterroriste

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Invitée de Raphaëlle Duchemin ce dimanche matin, l'ancienne juge antiterroriste Béatrice Brugère estime que la France a pris du retard dans la lutte antiterroriste et n'a pas pu venir la puissance de frappe technologique des jihadistes.

La France en retard face à la menace terroriste? C'est ce que pense Béatrice Brugère ancienne juge antiterroriste au TGI de Paris.

> A-t-on suffisamment pris en compte la menace terroriste?

On l'a pris en compte, mais très tardivement. La vraie prise de conscience ce sont les attentats de Charlie, alors que d'autres attentats comme celui de Merah par exemple auraient pu nous faire prendre conscience que l'on était en train de basculer sur une menace qui n'avait pas été identifié comme telle. C'est une menace extrêmement grave car il faut changer un peu de logiciel.

On avait une vision un peu ancienne. Aujourd'hui, la modernité est du côté des terroristes, le retard est de notre côté.

Il faut penser le terrorisme dans une vision de criminalité organisée internationale dans un monde mondialisé ouvert et non plus sur le terrorisme dans un territoire fermé franco-français.

Il faut aussi prendre en compte les moyens technologiques extrêmement modernes des terroristes sur lesquels on a pris un retard fou. Nous sommes en train de le rattraper mais il faut rappeler que la première cause d'enrôlement terroriste aujourd'hui ce ne sont pas les prisons c'est Internet. Ils ont investi les nouvelles technologies avec une puissance de frappe technologiques que l'on n'a pas vu venir. Or les nouvelles technologies sont sans frontière.

> Depuis les attentats à Charlie Hebdo, des mesures ont quand même été prises…

Il y a une vraie prise de conscience qui a entrainé des mesures, on ne peut pas le nier, les derniers plans après Charlie l'on démontré. Le gouvernement le ministre de la justice ont réellement fait un effort pour recruter mais on est très loin du niveau suffisant si on veut faire face aux nouvelles menaces.

Je crois qu'aujourd'hui on a enfin compris qu'il fallait décortiquer intellectuellement la façon dont ils attirent des jeunes dans leurs filets. On ne peut pas faire l'économie d'une réflexion sur notre géopolitique car c'est sur ce discours là complotiste, conspirationniste, discriminant qu'ils proposent à cette jeunesse de devenir des héros.

Or l'héroïsme ce n'est pas de tuer des gens à l'aveugle, c'est d'aller sauver les autres, c'est cela qui faut porter comme discours. Il faut donc contrer ce discours extrêmement séduisant pour une jeunesse en difficulté, c'est un vrai travail intellectuel. Il y a quand même des signes positifs: pour la première fois, on a eu une coopération réelle avec la Belgique.

> Comment améliorer le renseignement français?

Aujourd'hui, nous avons une mobilisation énorme des services de police et justice et ceci est nouveau. Le renseignement a fonctionné, ils ont su interpeller les bonnes personnes au bon moment. L'avenir est là. Plus on va coopérer, plus les magistrats entreront dans la communauté du renseignement, plus le renseignement sera intégré dans nos méthodes de travail, plus on pourra réaliser des enquêtes efficaces et prévenir le terrorisme en amont.

Le pôle antiterroriste a été renforcé, on peut encore le renforcer car on peut penser que le pire est à venir. L'EI a une réserve d'hommes assez importante pour les sacrifier dans des attentats kamikaze.