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Bébés échangés à la naissance: "A cause de cette histoire, je ne veux pas d'enfant"

Sophie Serrano et sa fille "adoptive", Manon

Sophie Serrano et sa fille "adoptive", Manon - VALERY HACHE / AFP

Deux familles privées de leur enfant biologique voici vingt ans, à la suite d'une inversion de bébés dans la couveuse d'une clinique de Cannes, seront fixées mardi sur un éventuel dédommagement par une décision du tribunal de grande instance de Grasse dans les Alpes-Maritimes. Témoignages.

Le tribunal de grande instance de Grasse doit rendre son verdict aujourd'hui sur une incroyable histoire, celle d'un échange de bébés dans une maternité à Cannes il y a 20 ans. A l'époque, les deux mamans qui venaient d'accoucher sont ressorties avec des nouveaux nés qui n'étaient pas les leurs. L'erreur serait venue de la puéricultrice qui, sous l'emprise de l'alcool, aurait confondu les deux bébés.

Les faits ont été révélés lorsque les enfants avaient 10 ans. Le père d'un des deux bébés, Manon, réclame des tests ADN de paternité car il est troublé par son absence de ressemblance avec sa fille au teint plus hâlé (l'autre famille est originaire de La Réunion, ndlr). Les bébés aujourd'hui adultes, ainsi que les parents, ont donc porté plainte. Ces familles demandent plus de 12 millions d'euros de dommages et intérêts, principalement au titre du préjudice moral.

"Je veux pouvoir tourner la page"

Sophie Serrano, mère d'un des deux bébés échangés estime ce mardi sur RMC qu'on lui "a volé le droit d'être maman de l'enfant que j'ai mis au monde". C'est pourquoi elle assure qu'il est "très important d'être reconnue comme victime. On ne veut plus se sentir ou être accusés d'être responsables de quoi que ce soit. Le verdict est vital pour retrouver une sérénité, commencer à se reconstruire et mettre enfin toute cette histoire derrière nous".

Se reconstruire, c'est aussi l'ambition de Manon, sa fille "adoptive". "Cette histoire a été très difficile à vivre. Durant mon adolescence, je suis entrée en conflit avec les autres, j'avais beaucoup de colère en moi. J'attends donc du verdict que la clinique soit reconnue coupable et qu'on arrête de remettre injustement la faute sur les mères. Je veux pouvoir tourner une page de ma vie, avancer et me dire que cette histoire appartient au passé et qu'elle ne reviendra plus jamais parasiter mon présent ou mon avenir", témoigne-t-elle dans Bourdin Direct.

Verdict attendu dans la journée

Même si "elle l'a déjà beaucoup parasitée notamment dans le fait qu'à cause de cette histoire, moi-même âgée de 20 ans, je ne veux pas d'enfant". Dans cette affaire, la maternité reconnait qu'une "erreur a été commise par une puéricultrice qui, à l'époque, avait des problèmes d'alcoolisme", indique sur RMC Sophie Chas, l'avocate de la maternité de Cannes. En revanche, elle estime ne pas être la seule fautive et pointe du doigt le manque de discernement des mamans.

"Les petites filles n'ont pas été échangées à la naissance mais quand elles avaient 3-4 jours de vie. Il y avait une famille de créoles et une famille de gens 'blancs' donc nous nous sommes demandés pourquoi les mamans, alors qu'on leur remettait un enfant bien différent de celui confié quelques heures auparavant, n'avaient pas réagi plus qu'elles ne l'ont fait à l'époque". Verdict attendu dans la journée.

M.Ricard avec Elodie Messager