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Boris, gérant du kebab saccagé à Ajaccio: "S'ils rentraient, on était cuits"

TEMOIGNAGE RMC - Boris Mogentale, gérant d'un kebab, est l’une des victimes collatérales des violences qui ont touché Ajaccio ces derniers jours. Vendredi 25, au lendemain du guet-apens tendu aux pompiers dans le quartier des Jardins de l’Empereur, des manifestants se mobilisent en soutien aux pompiers. Mais la situation dégénère quand des protestataires cagoulés s'attaquent à son restaurant et le saccagent.

"Il faut revenir à une situation apaisée", a déclaré, ce lundi à Ajaccio, le nouveau président de l'Assemblée de Corse, l'indépendantiste Jean-Guy Talamoni, lors d'une visite à la caserne des pompiers dont l'agression, le soir de Noël, a déclenché plusieurs jours de manifestations émaillées de dérapages xénophobes. Ce mardi, RMC a recueilli en exclusivité le témoignage de Boris Mogentale, l'une des victimes collatérales de ces débordements.

"D'un coup, ça dégénère"

Vendredi 25, au lendemain du guet-apens tendu aux pompiers dans le quartier des Jardins de l’Empereur, une manifestation en soutien aux pompiers a lieu non loin de son restaurant, le Kitchen Kebab situé en centre-ville. Mais la mobilisation dégénère quand une cinquantaine de manifestants cagoulés s’attaquent à son restaurant et saccagent les lieux.

"J'étais en train de travailler, de faire des sandwiches, se souvient-il. Je vois un attroupement plus bas mais, à ce moment-là, je ne suis au courant de rien. Je ne sais même pas qu'il y a eu une manifestation, que des pompiers se sont fait casser. Je n'en sais rien du tout…". Lorsque, "d'un coup", "ça dégénère, assure-t-il. Un client se prend un coup de chaise, une cinquantaine de personnes commencent à vouloir envahir le restaurant…"

"On va vous tuer, on va vous tuer"

Heureusement, Boris Mogentale parvient à protéger ses clients en salle en bloquant les accès. "On se défend comme on peut. On envoie les tables, les chaises, les banquettes… On met tout devant. On arrive à bloquer les manifestations. Des menaces fusent: 'On va vous tuer, on va vous tuer'. Un client appelle la police. Celle-ci est censée arriver en deux minutes mais ce n'est pas le cas, poursuit-il. Dix minutes après, nous rappelons et on nous dit 'C'est bon, nous avons envoyé quelqu'un. Nous n'allons pas envoyer toutes les forces de l'ordre pour vous. Il n'y pas que vous'".

Alors même que les manifestants les menacent de mort, "on nous laisse nous démerder comme on peut", déplore le gérant du kebab. Et d'assurer: "Dieu merci ça va, on a tenu le coup. Mais s'ils rentraient, on était cuits". Si les manifestants s’en vont au bout d’une demi-heure, aujourd'hui il dit ne pas comprendre le déferlement de violence qui s’est abattu sur Ajaccio et sur lui ces derniers jours.

"S'ils font la même chose…"

"On a deux religions dans la famille: ma femme est musulmane et moi je suis chrétien, souligne-t-il. On essaye d'amener tout le contraire de ce qu'ils montrent en caillassant les pompiers, en voulant tabasser les jeunes maghrébins ou en brûlant une mosquée. Si nous, on y arrive à la maison, on sait que c'est possible. Mais si eux sont assez bêtes pour ne pas le comprendre…"

"C'est bien de juger les jeunes coupables de l'agression des pompiers car ils n'avaient pas à le faire, estime encore Boris Mogentale. Mais s'ils font la même chose sur un type qui n'a rien à voir, comme moi, comment fait-on ? Cela ne s'arrête jamais alors".

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Maxime Ricard avec Marion Dubreuil