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Bouclier fiscal : le sparadrap collé au doigt de Sarkozy

« Les coulisses de la politique », tous les matins à 7h20 sur RMC et RMC.fr avec C. Jakubyszyn.

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Combien de temps le bouclier fiscal va-t-il résister ? Trois mois, un an, deux ans ? Ce qui paraît certain, c’est que ses jours sont comptés. Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’une des mesures phares du quinquennat de Nicolas Sarkozy ne finira sans doute pas le quinquennat...

« On ne touche pas au bouclier fiscal ». Mille fois, le président de la République l'a répété. Oui, mais non. François Fillon, le Premier ministre a ouvert la voie, dimanche soir sur M6, à une remise en cause de la mesure : « Rien n'est tabou, ce n'est pas tabou. Je pense que 2011 peut être le bon moment pour engager une grande réflexion sur la fiscalité ». Et le Premier ministre n’est pas le seul. « Lançons un grand débat sur la suppression du bouclier fiscal et de l’ISF », a déclaré ce mardi Jean-François Copé, le patron des députés UMP, dans Le Figaro.

Nicolas Sarkozy hésite

Nicolas Sarkozy, lui, est désormais convaincu que le maintien du bouclier fiscal pourrait lui coûter l’élection. C’est même lui qui a donné le feu vert pour rouvrir le débat. Cet été, en évoquant l’objectif du rapprochement des fiscalités française et allemande, il savait que l’Allemagne n’a plus d’impôt sur la fortune depuis 1997 et qu’elle n’a pas non plus de bouclier fiscal, contrairement à ce qu'il a prétendu à plusieurs reprises. Se renier, oui. Mais comment et quand ?
« Le président hésite », confie Gilles Carrez, rapporteur UMP du budget à l’Assemblée nationale.
Premier scénario : on attend la campagne de 2012 pour en faire la proposition. Avouez que c’est quand même bizarre d’avoir comme programme 2012 celui de défaire le programme de 2007.
Deuxième scénario : attendre le prochain budget, celui de 2011, pour défaire, à la veille de l’élection, cette tare du quinquennat pour beaucoup de Français.
Troisième scénario : le supprimer tout de suite, pendant la discussion budgétaire actuelle. C’est ce que pense, par exemple, le sénateur Jean Arthuis, président de la Commission des finances : « A partir du moment où nous avons la conviction que le bouclier comme l’ISF ne tiennent pas la route, pourquoi s’imposer une année supplémentaire ? C’est une forme de masochisme ». Enfin, une variante : attendre le budget rectificatif que pourrait présenter le futur Premier ministre, un Jean-Louis Borloo par exemple, qui marquerait un virage au centre.

Mettre en balance bouclier fiscal et ISF : une escroquerie

D'autant que l’idée de supprimer le bouclier fiscal et l’impôt sur la fortune en même temps est profondément injuste. C'est une sorte d'escroquerie parfaite. Car d’un côté, l’Etat gagne plus de 600 millions d’euros de recettes, grâce à la suppression du bouclier fiscal. Ce qu'il ne rendrait plus à ses bénéficiaires. Mais, d’un autre coté, l’Etat va perdre les 3 milliards d’euros de recettes de l’impôt sur la fortune. Certes, la droite dit qu’elle instaurera une nouvelle tranche de l’impôt sur le revenu à 45% pour compenser la disparition de l’impôt sur la fortune. Mais ça ne rapporterait qu’un milliard.

Vous comprenez que Nicolas Sarkozy ne sait pas trop comment se débarrasser de ce bouclier fiscal. Le bouclier fiscal pour Nicolas Sarkozy, c’est un peu comme le sparadrap collé sur le doigt du capitaine Haddock dans Tintin.

Christophe Jakubyszyn