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“Burn-out” des enfants: "Ils sont soumis à la pression d'être toujours les meilleurs"

Le burn-out, le syndrome d'épuisement professionnel, est un phénomène qui prend de plus en plus d'ampleur. Mais cette maladie semble aujourd'hui atteindre des cibles plus jeunes: les enfants. "Je suis sidérée", s'inquiète ce mardi sur RMC, Béatrice Millêtre, auteure de "Le burn-out des enfants, comment éviter qu’ils ne craquent" (édition Payotpsy).

De plus en plus d’enfants seraient victimes de “burn-out”. Les chiffres sont alarmants. Selon une enquête nationale d'Unicef France de 2014, 36% des 6-18 ans disent ressentir "des souffrances psychologiques", 45% d'entre eux "se sentent vraiment angoissés de ne pas réussir assez bien à l’école" et 11% des 12-18 ans ont déjà fait une tentative de suicide. "Je suis effrayée, sidérée de voir de tels pourcentages. C'est monstrueux", estime ce mardi sur RMC Béatrice Millêtre, docteure en psychologie et auteure de "Le burn-out des enfants, comment éviter qu’ils ne craquent" (édition Payotpsy).

"Il faut être plus que performant"

"Ce n'est parfois pas qu'une seule tentative de suicide, c'est à répétition", ajoute-t-elle. Epuisement, problème de sommeil, enfant très irritable, enfant qui se met à pleurer facilement, l'impression que quoi qu'ils fassent, rien ne suffira… les symptômes du burn-out, le syndrome d'épuisement professionnel, sont multiples. Et pour Béatrice Millêtre, ils sont la résultante de la pression de plus en plus importante subie par les enfants. Pression venant de la part des parents, des professeurs et des camarades de classe.

"Il faut être plus que performant, il faut être le meilleur, encore le meilleur et toujours le meilleur, constate-t-elle dans Bourdin Direct. Il faut avoir 20/20 tout le temps, partout et dans tous les domaines, aussi bien à l'école que dans les activités scolaires telles que le foot, le tennis…" Et Béatrice Millêtre de poursuivre: "Quand vous avez 15/20 et que votre professeur vous dit que c'est mauvais et qu'il faut aller en cours de soutien, que vous avez 14/20 de moyenne générale et qu'on vous donne un avertissement au travail, que vous avez des A partout mais qu'on vous dit qu'il faut encore faire mieux… Cela fait beaucoup de stress pour l'enfant".

"Ils ne savent plus qui ils sont"

Alors qu'il y a quelques années, cette docteure en psychologie avait un cas de burn-out d’enfant par an, elle indique en avoir désormais cinq par semaine. "Nos enfants n'ont plus d'identité, assure-t-elle. Ils ne savent pas qui ils sont. Entre la pression des parents et celle des enseignants, ils ne savent plus du tout qui ils sont et, à un moment donné, ils craquent". Et selon elle, "le système entier est responsable et pas seulement les parents".

Dès lors que faut-il faire? Que préconise-t-elle? "Le premier conseil que je donne quand ils sont exténués, c'est de les emmener en vacances chez les grands-parents pour les faire souffler. Et puis, il faut prendre un peu de recul, se demander pourquoi on veut qu'ils aient 20/20 tout le temps. Il faut ralentir, le but du jeu c'est de passer dans la classe au-dessus, de prendre du plaisir dans les activités".