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Cette députée France insoumise ne veut pas que le camp de Blida à Metz devienne le nouveau Calais

Le camp de Blida, à Metz, peut-il devenir le nouveau Calais ? 400 personnes venant d'Afrique ou des Balkans dont 150 enfants s'entassent sur un parking de la commune mosellane. Insalubrité et maladies sont dénoncées par des associations mais aussi par des politiques.

Caroline Fiat est députée de la France insoumise dans la 6ème circonscription de Meurthe-et-Moselle. Elle s'indigne de la situation et du silence des autorités.

"Il y a un mois, une association m'a alertée sur ce qu'il se passait dans le camp de Blida. Je suis donc venue pour me rendre compte par moi-même de ce qu'il se passait. Par la suite, le préfet et le maire se sont félicités des avancées sur le camp suite à mon passage. J'ai partagé la bonne nouvelle mais les associations m'ont rappelée pour me dire que c'était faux.

Lundi dernier, on m'a interdit l'accès avec la presse. On a écrit au préfet pour que les portes soient à nouveau ouvertes. Vu qu'ils avaient fait des améliorations, selon eux, on ne comprenait pas ce qu'ils avaient à cacher. Je reviens pour que la presse ait accès au camp. Je pense que je vais le faire toute les semaines parce que je viens, je vois que les sanitaires sont nettoyés à fond.

"À Calais, ils ont réussi, pourquoi pas ici ?"

La situation est rocambolesque. De novembre à mars, la ville de Metz a de quoi loger tout le monde afin qu'ils vivent dans des conditions relativement dignes. Cette période correspond à la période de trêve hivernale. Une fois qu'elle est terminée, on met les gens sur un parking, sans rien.

J'ai entendu quelque chose qui m'horripile. Si on ne les garde pas pendant l'été, cela serait pour ne pas leur donner l'habitude d'être bien reçu. Il faudrait plutôt leur donner envie de partir.

Je n'ai pas de baguette magique, je veux juste mettre la lumière sur ce camp de Blida. Cela va fonctionner. À force de montrer ce qu'il se passe ici, on va réussir. À Calais, ils ont réussi donc pourquoi on n'y arriverait pas ici ?

"C'est une immigration subie, pas une immigration choisie"

On veut juste que ces gens-là puissent vivre dans du "dur" en été comme de novembre à mars. Et qu'on les accueille dignement. C'est une immigration subie, pas choisie. On n'arrive pas ici avec des enfants pour qu'ils chopent la gale et vivent dans la mer**. De plus, il va falloir s'habituer à voir arriver cette immigration puisqu'on continue à faire des guerres sans savoir pourquoi. Personne ne s'occupe de la planète donc il y aura en plus l'immigration écologique dans très peu de temps.

Ils ne viennent pas en France. Ce n'est pas le choix numéro 1. Ils savent très bien que chez nous, on n'a pas les moyens. C'est juste qu'ils n'ont pas d'autres solutions pour survivre que de venir ici. On ne quitte pas sa maison, ses tombes, ses meubles, ses souvenirs pour venir vivre dans la crasse. S'ils viennent ici, c'est qu'ils n'ont pas le choix.

"On ne peut pas demander à des enfants de subir ça"

Si vous êtes humains, comme moi, vous vous dîtes qu'on ne va pas les jeter à la mer parce qu'on ne les veut pas chez nous. Je ne vais pas prendre le risque de les laisser se faire violer, exploser ou subir des violences dans des pays où ça va mal. Si au lieu d'essayer de savoir comment faire la guerre, on travaillait sur comment faire la paix… Il faut faire en sorte que dans chaque pays, les gens soient heureux et aient envie de rester chez eux.

Il faut que la préfecture protège ces enfants. Que tout le monde soit soigné. La semaine dernière, il y avait plusieurs cas de gale. Ce n'est pas anodin. On ne peut pas demander à des enfants de subir ça. Il faut également scolariser les enfants."

Propos recueillis par Aymeric Barrault et Sara Saida (avec Arthur Blanquet)