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Chômeuse de 55 ans, elle raconte sa vie avec 16 euros par jour et les humiliations des recruteurs

Au chômage depuis près de quatre ans, Margaux Gilquin, 55 ans, est venue ce jeudi sur RMC présenter son livre Le dernier salaire. Un "cri d'alarme" sur la situation des seniors, rejetés du monde du travail.

Son dernier salaire, elle l'a touché il y a bientôt cinq ans. Depuis, Margaux Gilquin, 55 ans, recherche désespérément un emploi stable. Cette ancienne assistante de direction a décidé d'écrire un livre, Le dernier salaire, qui doit paraître la semaine prochaine (chez XO édition) pour pousser un "cri d'alarme" sur la situation des seniors. Le chômage des plus de 50 ans qui a augmenté de 8,1% en un an, soit la plus forte progression chez les demandeurs d'emplois.

Pourtant, Margaux Gilquin, invitée ce jeudi de Jean-Jacques Bourdin, est une battante. Elle a commencé à travailler à 17 ans comme standardiste, a vendu des chaussures, puis à 35 ans, est devenue assistante de direction après une formation qui lui a donné l'équivalent d'un bac+3. "Je me suis donné les moyens de réussir ma vie professionnelle et trouver un emploi". Après un premier licenciement a l'âge de 48 ans, elle réussit à retrouver un emploi dans sa branche. Jusqu'à son dernier licenciement, en 2011, à 51 ans.

Fini les CDI, "parce que je suis une femme et que je suis senior"

"Depuis j'ai envoyé 1.500 CV à tout ce qui était potentiellement possible pour moi. Je les ai adaptés à chaque candidature, ce qui représente 6 CV par jour". En vain. "Parce que je suis une femme et que je suis senior", déplore-t-elle. Elle se souvient du mépris d'un recruteur, lors d'un entretien d'embauche : "On m'a dit que mes neurones ne fonctionnaient plus comme quelqu'un de jeune, que je ne serais pas malléable, que je ne pourrais pas m'adapter au changement".

"Mais j'ai la pêche. A 50 ans on n'est pas fini, on est disponible, on fait deux fois plus que les autres pour rester en poste et on nous propose des CDD ou des missions qui ne durent pas".

"A 50 ans on n'est pas fini"

Si elle veut garder espoir, Margaux Gilquin a quasiment fait le deuil du CDI. "Je trouve des CDD, des petites missions, je grappille quelques heures par ci par là pour pouvoir survivre parce que vivre avec 16,25 euros par jour, c'est très difficile". Car Margaux a perdu ses droits aux allocations chômage et ne touche plus aujourd'hui que l'ASS, l'Allocation spécifique de solidarité, soit 487 euros par mois, en attendant d'avoir droit à sa retraite, dans plusieurs années. "Je fais un plein d'essence pour ma voiture qui a plus de 30 ans et je consacre le reste à la nourriture. On pratique le troc, on achète des vêtements d'occasion. Le pantalon neuf qu'on a pour les entretiens on le lave tous les deux jours", raconte-t-elle des sanglots dans la voix.

"Aujourd'hui je suis hébergée, mais si je ne le suis plus, comment je vais faire avec 400 euros par mois ?"
Philippe Gril avec JJ. Bourdin