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Clichy-sous-Bois, dix ans après: "Sans les émeutes, rien n'aurait changé"

Il y a dix ans jour pour jour Clichy-sous-Bois s'embrasait

Il y a dix ans jour pour jour Clichy-sous-Bois s'embrasait - AFP

TEMOIGNAGE - Le 27 octobre 2005, deux adolescents de Clichy-sous-Bois mourraient en essayant d’échapper à la police. Une mort tragique, suivie de violentes émeutes urbaines. Dix ans plus tard, RMC a rencontré Ali, un ex-émeutier à peine majeur à cette époque.

Il y a 10 ans, le 27 octobre 2015, deux jeunes de Clichy-Sous-Bois en Seine-Saint-Denis mourraient dans un transformateur EDF. Zyed et Bouna avaient 15 et 17 ans. De retour d’un match de foot, les deux adolescents ce 27 octobre prennent la fuite pour éviter un contrôle d’identité. Poursuivis par une patrouille de police en voiture, ils escaladent le mur de la centrale électrique, inconscients du danger.

Le soir, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, insinue que les deux victimes voulaient commettre un cambriolage. Une déclaration qui va mettre le feu aux poudres. Vont suivre trois nuits d’émeutes à Clichy-sous-Bois, des violences qui vont se propager ensuite trois jours plus tard aux villes voisines de Seine-Saint-Denis puis partout en France. Au total, 500 communes seront touchées à plus ou moins grande échelle.

"Cela a dégénéré tout seul"

Trois semaines d’émeutes qui prendront fin le 17 novembre 2005. Bilan : des dizaines de blessés chez les forces de l’ordre et les émeutiers, 10.000 voitures incendiées, des dizaines de bâtiments vandalisés et près de 3.000 personnes interpellées. Dix ans après, RMC a recueilli le témoignage d'Ali, ex-émeutier de 18 ans et aujourd'hui engagé dans plusieurs associations de quartiers de Clichy-Sous-Bois où il vit toujours.

A l'époque, le jeune homme n'a qu'un rêve: créer son entreprise. Mais ce 27 octobre 2005, quelques heures après la mort de Zyed et Bouna, Ali, comme des centaines d'autres jeunes de Clichy-sous-Bois, va affronter les forces de l'ordre. "Cela a dégénéré tout seul. C'est parti tout seul…, se souvient-il. On voulait faire passer le message suivant: 'On est Français. On est comme vous'. Et on ne comprenait pas comment on avait pu courir après deux jeunes de 15 ans".

"Il y avait un chef, des soldats"

"Quand on a vu les autres villes s'embraser, être solidaires à notre coup de gueule, on a dit qu'on allait faire ça pendant 40 jours", ajoute-t-il. Chaque nuit, pendant 10 jours, Ali va donc descendre en bas de son immeuble du Chêne Pointu. Et, au fur et à mesure, une véritable organisation va se mettre en place: "Il y avait un chef, des soldats, confirme le jeune homme. On balançait des pierres, des cocktails Molotov… Tout ce qui nous passait sous la main."

Dix ans plus tard, Ali travaille donc avec de nombreuses associations qui aident les jeunes de Seine-Saint-Denis qu'il trouve "moins révoltés". Et dix ans plus tard, il assure ne rien regretter: "Bien sûr que je suis fier parce que j'ai pu m'exprimer. Regardez autour de vous. Vous pensez vraiment que s'il n'y avait pas eu les émeutes, la ville aurait changé? Je peux vous garantir que rien n'aurait bougé. Ils n'auraient même pas rajouté un bus…"

Clichy-sous-Bois a effectivement beaucoup changé depuis les émeutes: la plupart des barres d’immeubles ont été rasées et la ville est encore aujourd'hui en rénovation.

Maxime Ricard avec Céline Martelet