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Comment défendre les éléphants quand les braconniers utilisent des armes de guerre?

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- - Tony Karumba - AFP

La population des éléphants d'Afrique enregistre sa plus forte baisse depuis 25 ans, selon un rapport de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) publié dimanche. Difficile de lutter quand les braconniers utilisent des armes lourdes et que les contrôles sur la revente d'ivoire sont inexistants, explique Bernard Cressens ce lundi dans Bourdin Direct.

Aujourd'hui, l'Afrique compte environ 415.000 éléphants, soit 111.000 de moins que lors de la dernière décennie, selon le rapport de de l’UICN, basé sur 275 mesures à travers le continent. "Nous sommes très inquiets", alerte Bernard Cressens, président du comité français de l’UICN et ancien directeur des programmes de conservation de WWF France, ce lundi chez Jean-Jacques Bourdin.

"Les dernières études réalisées sur 37 états africains nous montrent qu'entre 2006 et 2015 on a une baisse de population de 20%, voire une disparition de certaines populations isolées. La Tanzanie a perdu 60% de ses éléphants !"

Les pachydermes "sont assassinés uniquement pour l'ivoire". Il faut dire que le braconnage - notamment des éléphants et des rhinocéros - alimente un trafic extrêmement lucratif évalué à 20 milliards de dollars par an. "Le trafic s'est développé avec la Chine et les pays émergents où il y a une forte demande d'ivoire. Il y a un certain nombre de pays qui n'appliquent pas les réglementations en vigueur. En Europe on a des contrôles extrêmement sérieux, mais malheureusement il n'y a aucune surveillance dans les pays d'Afrique et d'Asie", regrette Bernard Cressens.

"Les braconniers utilisent des armes de guerre"

Un braconnage qui augmente avec des filières mafieuses qui s'organisent. "Les braconniers utilisent maintenant des armes de guerre, et même les gardes des parcs et réserves n'ont pas les moyens logistiques et militaires pour combattre ces gens-là".

Seul point positif : certains pays sont encore des sanctuaires préservés où les éléphants peuvent vivre en paix, comme l'Afrique du sud, le Botswana et la Namibie. "Mais on craint que quand les braconniers auront décimés les populations d'éléphants en Tanzanie, au Cameroun, au Tchad, en République centrafricaine, ils descendent plus au sud et que les filières très organisées continuent ce massacre".

Une vente légale d'ivoire pour financer les contrôles?

C'est pourquoi des pays comme la Namibie et le Zimbabwe demandent maintenant à être autorisés à vendre des stocks de défenses d'ivoire prélevés sur des éléphants décédés de mort naturelle, afin de financer des projets de protection lancés par des communautés locales. Une proposition soutenue par l'Afrique du Sud. "C'est vrai que certains pays ont très peu de ressources et l'ivoire des animaux morts peut être une ressource financière. Mais ça pose la question de savoir comment reconnaître l'ivoire légale et l'ivoire illégale? Il faudrait vraiment qu'il y ait, comme cela se fait pour d'autres espèces, un suivi et une volonté internationale très forte"

P. G. avec JJ. Bourdin