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Comment les laboratoires pharmaceutiques draguent les étudiants en médecine

Entrée de la faculté de médecine de Paris.

Entrée de la faculté de médecine de Paris. - AFP

Sébastien Foucher, étudiant en médecine, raconte sur RMC comment les laboratoires pharmaceutiques draguent les futurs médecins. S'il assure que les étudiants ne sont pas dupes, les "labos" semblent tout de même arriver à leurs fins. Reportage.

Les laboratoires pharmaceutiques tentent d'influencer les médecins... dès la fac de médecine. Des repas gratuits, des échantillons de médicaments, des allusions à des marques dans les manuels scolaires et pendant les cours, des guides pratiques ciblant les derniers médicaments, bien souvent plus chers que les anciens… Les laboratoires pharmaceutiques s'invitent souvent dans les facs de médecine, et en profitent pour délivrer leur message commercial à des jeunes gens sous pression et parfois influençables.

"Viennoiseries et jus d'orange offerts, c'est sympa"

Un état de fait dénoncé par la "Troupe du RIRE", un collectif d'étudiants en médecine. Sébastien Foucher, président de l'association des étudiants en médecine, et lui-même en quatrième année, raconte ces petits-déjeuners offerts par les représentants des laboratoires pharmaceutiques directement… dans une salle de l'hôpital. "Quand on arrive à 8h30 et qu'on nous propose des viennoiseries et du jus d'orange, dans une petite salle, c'est informel et c'est sympa. Les laboratoires discutent des derniers médicaments qu'ils ont sortis, de comment on peut les utiliser dans le cadre de notre pratique en donnant des fascicules". Forcément, "il y a des liens qui se créent".

"On apprend à prescrire un nom de marque"

Un lien avec les laboratoires mais surtout, une influence qui s'étend, jusqu'aux bancs de la faculté de médecine. "Il y a pleins de petites choses comme ça qui se passent de façon anodine, poursuit Sébastien Foucher. Par exemple dans nos cours ce n'est pas rare qu'on nous parle du nom de la marque d'un médicament. Et si on apprend à prescrire un nom de marque, derrière on favorise un laboratoire plutôt qu'un autre. Les étudiants en médecine ne sont pas crédules", mais le problème c'est qu'on ne les incite pas à se poser la question".

"Une influence qui ne va pas dans le sens de l'intérêt du patient"

C'est aussi l'avis du sociologue Paul Schaeffer. Il a co-écrit cette année un guide pour alerter les étudiants en médecine. Car pour lui le problème, c'est que les méthodes des laboratoires sont efficaces. Leur lobbying va fonctionner quand par exemple, "le médecin va privilégier le médicament contenant la dernière molécule qui vient de sortir par rapport à des molécules plus anciennes, alors que la molécule plus ancienne a plus d'intérêt parce qu'on la connaît mieux et qu'elle est souvent moins chère. Mais la nouvelle molécule est souvent perçue par les étudiants en médecine comme meilleure parce qu'elle est nouvelle. C'est une influence qui ne va pas dans le sens de l'intérêt des patients et des futurs professionnels de santé".

Mais ce n'est que le début, une fois les étudiants devenus praticiens, les laboratoires pharmaceutiques seront de plus en plus présents. D'après un rapport publié il y a deux ans, ils financent même 98% de la formation continue des médecins.

Philippe Gril avec Violette Voldoire