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Concert pour les personnels mobilisés après les attentats: "Nous n'avons pas eu de place", déplore un éboueur

TEMOIGNAGE RMC – Ce lundi soir, un grand concert est organisé à Bercy pour les quelques 12 000 personnes et bénévoles mobilisés pendant les attentats de Paris. Mais l'équipe d'éboueurs qui ont eu la lourde tâche de nettoyer les scènes de crime, elle, n'a pas pu obtenir de billet.

Agents d'entretien à Paris, salariés des pompes funèbres, personnel médical: ils sont les travailleurs post attentats. Sur RMC, ce matin, on leur donne la parole. L'attention ne s'est pas forcément focalisée sur eux après les terribles évènements du 13 novembre. Pourtant, ils ont assuré les obsèques de certaines victimes des attentats, pris en charge les familles ou encore nettoyé les scènes des fusillades.

Ce lundi soir, un grand concert est organisé à Bercy pour les quelques 12 000 personnes et bénévoles mobilisés pendant les attentats de Paris. Ils sont invités par le ministère de l'intérieur, la ville de Paris et l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP). Une façon de les remercier pour leur travail après les attentats de Paris.

"Il n'y avait plus de place"

Jérôme Gaschard, éboueur à la ville de Paris, a nettoyé les scènes de fusillade avec son équipe. Mais pourtant, il ne pourra pas aller au concert.

"Nous n'avons pas eu de place", raconte-t-il ce lundi matin sur RMC. "On n'a pas eu de billet, on n'a rien eu".

En fait, lorsque lui et son équipe ont reçu leur mail d'invitation, il était trop tard.

"Il n'y avait plus de place, tout avait été donné", explique Jérôme Gashard. "Le geste, à la base, était beau, puisque ce sont des remerciements pour ceux qui sont intervenus. Mais on ne fera pas partie de la fête", se désole-t-il.

"La scène était restée figée, il fallait tout nettoyer"

Et il faut dire que pour la douzaine d'agents qui sont intervenus pour nettoyer l'horreur, le travail a été traumatisant. Ce samedi 14 novembre, ils ont commencé par les terrasses du Carillon et du Petit Cambodge.

"On pouvait voir toute l'horreur de ce qu'il s'était passé", se remémore-t-il. "On se rend compte que c'est arrivé d'un coup, la scène est restée figée. On voit le sang, les verres renversés, les bouteilles encore sur place".

Le lundi suivant, direction le Bataclan.

"Là, c'était vraiment beaucoup plus dur", raconte-t-il, la voix encore tremblante. "On a pu retracer, avec le sang, ce qu'il s'était passé. Les gens qui se sont fait traîner, puisqu'on voyait des traînées de sang qui allaient dans les entrées. On voyait des gens qui avaient dû avoir du sang sur les mains, et qui s'étaient appuyés sur les murs pour marcher. Et il fallait tout nettoyer".

"On n'a pas eu de compensation"

On ne sort pas indemne d'une telle expérience.

"La ville de Paris ne nous laisse pas tous seuls", reconnaît-il. "On a des psychologues qui sont à disposition, ils ont bien insisté là-dessus. Et si jamais quelqu'un a le besoin de parler, on a du monde autour de nous". Jérôme Gaschard, lui, n'en a pas ressenti le besoin. "J'ai fait mon travail", estime-t-il. "C'était pas beau, mais on a nettoyé le trottoir pour le rendre beau aux Parisien".

Marisol Touraine a promis une enveloppe de 3 millions d'euros pour les services hospitaliers. Mais pour les éboueurs, rien n'est prévu.

"Nous, on n'a pas eu de compensation financière, ou même une journée de repos", précise-t-il. "Une petite compensation, à travail exceptionnel, une petite prime exceptionnelle, je serais pour. Mais en même temps, me dire que je vais prendre de l'argent sur le malheur des gens…"
C. P.