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Crise au PS après le recours au 49-3: "Un manque de maturité politique évident"

Face au risque de voir le projet de loi Macron rejeté du fait des "frondeurs" PS, Manuel Valls a choisi mardi de passer en force en ayant recours à l'article 49-3 de la Constitution. Une décision largement commentée au sein même de la majorité.

"Une majorité existe vraisemblablement sur ce texte mais elle est incertaine. Dès lors je ne prendrai aucun risque", a annoncé Manuel Valls à 16H30 ce mardi alors que l'hémicycle était suspendu à sa décision de procéder ou non au vote de la loi Macron. Car face au risque de voir ce texte rejeté du fait des "frondeurs" socialistes, le Premier ministre a donc choisi le passage en force en annonçant le recours à l'article 49-3 de la Constitution. Difficile dès lors de ne pas parler d'une crise ouverte au sein de la majorité.

"De la gaminerie pure et simple"

En effet, pour les députés "frondeurs", l'utilisation du 49-3 signe l'échec d'une méthode qui consiste à passer en force coûte que coûte. De plus, certains au PS reprochent au gouvernement d'avoir sous-estimé, sous couvert d'esprit du 11 janvier, la volonté des "frondeurs" de s'opposer au projet de loi Macron. C'est pourquoi, dès la fin de la séance à l'Assemblée, le groupe socialiste convoque une réunion extraordinaire. Au cours de celle-ci, les ardents défenseurs du gouvernement laissent éclater leur exaspération. C'est le cas de François Loncle, député PS de l'Eure, qui tire à boulets rouges sur les "frondeurs".

"C'est une grande colère contre ces gens-là, une grande colère. On a donc dit au président de groupe qu'on ne pouvait pas continuer comme cela, qu'il fallait aujourd'hui qu'il y ait vraiment une organisation qui fasse que ces gens ne puissent pas nuire à ce point. Leur attitude n'est pas acceptable", s'emporte-t-il au micro de RMC. Et d'ajouter avec autant de véhémence: "C'est un manque de maturité politique absolument évident pour ne pas dire de la gaminerie pure et simple ! C'est insupportable !"

"Ce n'est pas open-bar"

Insupportable pour l'adoption de loi Macron mais compliqué aussi pour la suite. En effet, comment continuer à gouverner sans être certain que la majorité suivra ? C'est bien ce qui inquiète le député socialiste Richard Ferrand. "Il va bien falloir que l'on reconstitue une majorité homogène. Il y a en effet des textes importants en approche: la loi Santé, la question de la décentralisation… Il va d'abord falloir que l'on admette que la règle majoritaire s'impose à tous ceux qui sont membres d'un groupe. Ce n'est pas open-bar. Ce n'est pas je fais ce que je veux, comme je veux, quand je veux", affirme-t-il dans Bourdin Direct.

Mais cet élu donne aussi quelques conseils au gouvernement pour éviter une autre crise de ce genre dans le futur. "Peut-être faudra-t-il ralentir le rythme, passer plus de temps à expliquer des choses complexes, ralentir les choses pour déminer plus et expliquer mieux. Peut-être…" Dans le camp des "frondeurs", la solution est beaucoup plus radicale : que Manuel Valls renonce à sa politique sociale libérale et propose des textes de gauche.

Retrouvez ci-dessous les explications de l'article 49-3 par Didier Maus, professeur de droit constitutionnel à l'université d'Aix-Marseille.

Maxime Ricard avec Annabel Roger