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Crise des éleveurs: "Je ne peux pas payer plus", affirme un abatteur

"La marge est tellement courte que si je n'arrive pas à augmenter mon produit à la sortie, je meurs", explique sur RMC le directeur d'un abattoir. (Photo d'illustration)

"La marge est tellement courte que si je n'arrive pas à augmenter mon produit à la sortie, je meurs", explique sur RMC le directeur d'un abattoir. (Photo d'illustration) - Jean-Sébastien Evrard - AFP

RMC s'est rendue dans un abattoir de la Somme, alors que les abatteurs sont accusés de faire des marges sur le dos des éleveurs.

Dans la crise que traversent les éleveurs français, tous les regards se tournent désormais vers les abattoirs. Selon les conclusions du médiateur des prix agricoles, rendu public mercredi, les abatteurs ont fait le minimum sur la revalorisation des prix promise aux éleveurs en juin. Les abatteurs ont bien augmenté leurs prix d'achat de la viande bovine, comme le demandait l'accord du 17 juin, mais ils ne sont pas allés jusqu'aux cinq centimes demandés par kilo et par semaine. De son côté, la grande distribution dit avoir joué le jeu et pointe aussi du doigt les abatteurs qui n'auraient pas respecté les termes de l'accord. Pour une fois, éleveurs et grande distribution sont donc d'accord : les abatteurs sont les responsables.

"Si je n'arrive pas à augmenter mon produit à la sortie, je meurs"

Les abattoirs se goinfreraient sur le dos de toute la filière ? Pour en avoir le cœur net, RMC s'est rendu dans un abattoir, la SNAM (Société nouvelle d'abattage) à Montdidier, dans la Somme. 250 porcs et 60 bovins passent tous les jours dans les abattoirs de Franck Petit, son directeur. Lui paie aux éleveurs 4,70 euros le kilo de viande, légèrement en dessous donc des 5 euros décidés dans l'accord de juin, mais bien au-dessus des prix pratiqués par la plupart des abatteurs (qui paient en moyenne 3,90 euros le kilo de Charolaise par exemple). Frank Petit l'assure, il lui est impossible de faire un effort supplémentaire comme le réclame les éleveurs. "Il faut que je paie mes 25 salariés. Chez moi le salaire moyen est de 2.200 euros bruts par mois et j'ai beaucoup de frais. Les frais de fonctionnement représentent 25% de mon chiffre d'affaires. La marge est tellement courte que si je n'arrive pas à augmenter mon produit à la sortie, je meurs".

"On est tous dans le même bateau"

Il reconnaît que "les éleveurs sont à bout de souffle" et tire lui aussi la sonnette d'alarme. "Il faut redresser la situation si on veut encore manger de la viande en France parce qu'on a besoin des éleveurs". Surtout, alors que tous les acteurs de la filière se rejettent la responsabilité de la crise, Frank Petit appelle à "ne pas se monter les uns contre les autres". "On est tous dans le même bateau. Moi j'ai besoin de mes éleveurs, j'ai besoin de mes bouchers, de mes employés… j'ai besoin de tout le monde. C'est une chaîne et on ne peut décemment pas vivre seul sur une chaîne". Et pour huiler la chaîne, Franck Petit demande au gouvernement d'alléger les taxes des abatteurs qui pédalent dans le même sens que les éleveurs.

"Dans une situation financière déplorable"

Un allègement de taxes indispensable, selon Hervé Plagnol, rédacteur en chef d'Agra presse, une agence d'information sur l'agriculture selon qui il ne faut pas rejeter toute la faute sur les abatteurs, eux-mêmes en grande difficultés. "Il ne faut pas oublier que cette industrie est dans une situation financière déplorable et se trouve en concurrence avec des industriels allemands, danois, parfois espagnols. L'industrie française de l'abattage n'a pas investi, c'est ça son problème. Elle veut profiter du moindre ballon d'oxygène pour pouvoir reconquérir un peu de marge".

Philippe Gril avec Quentin Pommier