RMC

Crise grecque: "Les gens ont peur que cette situation s'éternise"

Depuis lundi, les Grecs ne peuvent retirer que 60 euros par jour aux guichets de banque

Depuis lundi, les Grecs ne peuvent retirer que 60 euros par jour aux guichets de banque - AFP

REPORTAGE - En Grèce, les retraits aux guichets automatiques seront jusqu'au 6 juillet limités à 60 euros par jour, selon un arrêté sur le contrôle des capitaux publié au journal officiel grec dans la nuit de dimanche à lundi. Dès lors, les conséquences sur l’économie du pays sont immédiates et multiples comme a pu le constater RMC sur place.

Sauf coup de théâtre, la Grèce n'honorera pas mardi sa dette de 1,5 milliard d'euros au FMI, ouvrant une nouvelle phase d'incertitudes à cinq jours d'un référendum crucial pour le maintien de la Grèce dans la zone euro. Dans ce contexte, les banques et la Bourse d'Athènes sont toujours fermées. Concrètement, depuis lundi, les Grecs n'ont le droit de retirer que 60 euros par jour et par personne, et ce afin d'éviter une fuite massive des capitaux. En conséquence, c’est toute l’économie du pays qui est touchée.

En effet, en Grèce, la carte bancaire est très peu utilisée. Alors dans les pharmacies, dans les petits supermarchés de quartiers, chez le médecin ou dans de nombreux restaurants, il faut payer en liquide. Alors avec 60 euros par jour, les Grecs doivent établir des priorités. Et ce sont essentiellement les entreprises et les professions libérales qui en subissent les conséquences. Exemple avec Konstantinos, kiné à Athènes. Ce lundi, comme il l'explique à RMC, six de ses patients avaient annulé leur venue à la dernière minute.

Des provisions, "au cas où"...

"Ils m'ont dit qu'ils ne viendraient pas car ils ne pouvaient pas me payer, qu'ils voulaient garder leur argent pour des dépenses d'urgence, pour des dépenses vraiment indispensables. Moi-même, je ne sais pas comment je vais faire pour payer ma secrétaire car normalement je le paye toute la semaine en liquide. Or, je ne peux retirer que 60 euros par jour et elle ne veut pas de virement de peur de ne pouvoir accéder à tout son argent", confie-t-il, désabusé par la situation.

"De plus en plus de gens ont peur que cette situation s'éternise et que ce ne soit plus 60 euros que l'on puisse retirer mais moins, constate Georges, gérant d'une supérette dans un quartier d'Athènes. Ce qui est nouveau, c'est qu'ils achètent des aliments pas chers, de base, pour pouvoir faire des provisions. Au cas où…"

"Comment vont-ils nous payer?"

Si, en principe, les entreprises peuvent continuer à effectuer des virements bancaires pour payer des fournisseurs ou des employés, la crainte du lendemain est telle que les chefs d’entreprises ont décidé de mettre entre parenthèse leurs chantiers, leurs activités de peur de ne pas être payés. "C'est bien sûr très dangereux pour les entreprises. On a besoin d'acheter du matériel pour les chantiers. Mais avec quoi va-t-on le payer?", se désespère, Dimitri, chef de chantier à Athènes dans le secteur du bâtiment.

Et de poursuivre, exaspéré par une crise qui n'en finit plus: "Si les gens qui conduisent les travaux n'ont pas accès à leur argent, comment vont-ils nous payer? Mon patron m'a dit ce matin 'Tu termines ce chantier aujourd'hui et on ne prend plus d'autres commandes pour le moment'". Selon de nombreux économistes grecs, le pays devrait encore tourner au ralenti toute la semaine et ce jusqu’au résultat du referendum sur l'acceptation ou non des mesures d'austérité imposées par les créanciers de la Grèce. Une consultation à laquelle l’exécutif grec a ouvertement appelé à voter non.

Maxime Ricard avec Stéphanie Collié