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CRS agressé: "Ce jour-là, j'aurais pu laisser ma vie sur le trottoir"

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En mars 2011 au cours d'une mission en Seine-et-Marne, Romain Lacour avait eu le crâne fracassé par un pavé lancé du haut d’un immeuble. Ce mardi, devant la cour d'Assises de Melun s'ouvre le procès de ses trois agresseurs présumés. Alors qu'il souffre de séquelles irréversibles, ce CRS témoigne de son quotidien sur RMC.

En mars 2011, Romain Lacour, CRS, était positionné avec une quinzaine d'autres collègues en bas d'un immeuble de 19 mètres de haut non loin de la gare de Noisiel (Seine-et-Marne). Du haut de cet immeuble, trois jeunes lancent alors une bouteille en verre et deux pavés. L'un de ces pavés tombe sur la tête de Romain qui ne portait pas de casque à ce moment-là. Il en aura le crâne fracassé. En effet, resté dans le coma deux semaines, ce policier souffre aujourd'hui de séquelles irréversibles : perte de l'usage du bras gauche et de l'oreille droite mais aussi port d'une prothèse de boîte crânienne.

Ce mardi, devant la cour d'Assises de Melun, s'ouvre le procès des trois jeunes agresseurs présumés (un âgé de 20 ans et deux de 21 ans, à l'époque). Interpellés quelques jours plus tard, ils avaient à l'époque simplement expliqué avoir été agacés de la présence des CRS dans leur cité. Quelques heures avant le début de l'audience, Romain Lacour revient sur "ces actes d'une extrême violence, d'une extrême barbarie".

"Je suis resté un an sans boîte crânienne"

"J'ai reçu le pavé lancé du toit de l'immeuble. Je n'ai rien vu venir. Je me suis réveillé à l'hôpital, tout seul dans ma chambre, sans savoir ce qu'il m'était arrivé. On m'a dit que c'était une agression gratuite pour la simple et bonne raison que ce jour-là, la seule faute que j'ai pu commettre c'est d'avoir été en bleu marine sur la voie publique" explique avec émotion Romain Lacour au micro de RMC.

Il poursuit en détaillant les séquelles de cette terrible agression : "la perte du bras gauche, de l'oreille droite. Après ma sortie de l'hôpital, je suis encore resté 20 semaines jusqu'à la reconstruction de ma boîte crânienne car je suis resté un an sans boîte crânienne". Et d'assurer : "Ce jour-là j'aurais pu laisser ma vie sur le trottoir". Aujourd'hui, Romain Lacour travaille toujours dans la police mais n'opère plus sur le terrain comme il le confie dans Bourdin Direct.

"Rien ne laissait présager une agression d'une telle violence"

"J'ai été reclassé à un poste administratif car la perte du bras gauche ne me permet plus d'aller sur la voie publique pour pratiquer mon métier comme avant. C'est sûr que tout cela me manque, car quand on est sur le terrain il y a une adrénaline, une vision de la police que l'on n'a pas dans les bureaux " regrette-t-il. Romain Lacour revient aussi sur les conditions d'intervention de l'époque. "Les personnes je ne les connaissais pas, je ne les avais jamais contrôlées. On était là pour sécuriser le quartier et il n'y avait pas eu d'animosité, de tensions palpables depuis notre arrivée… Rien ne laissait présager une agression d'une telle violence. Malheureusement cela s'est passé…"

Enfin, alors que le principal accusé, celui qui serait à l'origine du jet de pavé, risque dix ans de prison pour violence "en bande organisée" et que le verdict est attendu le 1er décembre, Romain Lacour dit "espérer que les gens seront condamnés à la hauteur de leur violence car ce n'est pas anodin de jeter un pavé de 2,3 kilos sur la tête de quelqu'un." Et de conclure :"J'ai confiance en la justice, j'espère que je ne serais pas déçu…"

Maxime Ricard avec Guillaume Chièze