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Dans les favelas pacifiées de Rio, "pour les trafiquants, c'est devenu plus compliqué"

La favela de Rocinha est la plus grande de Rio.

La favela de Rocinha est la plus grande de Rio. - Ben Stansall - AFP

REPORTAGE - Avant la coupe du monde et les Jeux Olympiques de Rio, le gouvernement brésilien a décidé de mettre au pas certaines favelas de la ville en y déployant des milliers de policiers. Sur place les habitants sont divisés, certains constatent plus de sécurité quand d'autres dénoncent des violences policières.

Bienvenue à Rocinha, la plus grande favela de Rio. Perchée sur une colline au sud de la ville s'étalent 143 hectares de petites maisons où vivent 70.000 favelados, le nom de ses habitants. Pendant des années, il était impossible de s'y promener à cause des violences qui y régnaient. Mais depuis 2008, la police s'est installée à Rocinha. Une volonté du gouvernement dans l'objectif de la Coupe du monde il y a deux ans et des Jeux Olympiques cette année. A l'époque, Bruno 30 ans, né dans cette favela a vu débarquer ces unités de police avec fracas.

"Quand ils sont arrivés je suis parti, j'ai eu peur. Il y a eu des coups de feu, un homme a été tué dans notre favela, c'était un trafiquant. Mais la plupart des policiers ne sont pas préparés pour être ici, ils sont prétentieux, violents, sans respect", rapporte ce Brésilien. 

Les habitants ont un peu de mal à en parler mais les Unités de police pacificatrice (UPP) ont fait de nombreuses victimes. Malgré tout, Joao a observé un changement depuis leur déploiement. 

"Moi je n'ai pas de vice, je travaille, je fais ma vie. Mais c'est sûr que pour les trafiquants c'est devenu plus compliqué ici. Les habitants sont un peu divisés sur cette présence, mais ça a changé un peu avec la police. Mais de toute façon, police ou pas, il y aura toujours du trafic", estime cet habitant de la favela. 

"Des travailleurs, des gens honnêtes"

En tout, 174 favelas ont été occupées par les forces de l'ordre et 95.000 hommes déployés. Un déploiement de force dirigée vers une population stigmatisée estime Axel, un Français installé à Peiraro, l'une des plus petite favela de Rio au nord de Copacabana.

"Les favelas, c'est un sujet complexe, il y en a quand même 950 à Rio. Ca représente 25% de la population. Donc quand on dit favela égal danger, on met dans le même sac 1,4 million de personnes. Je trouve ça vraiment dommage. Dans l'immense majorité des cas, ce sont des travailleurs, des gens honnêtes", explique-t-il. 

"Ici maintenant c'est tranquille"

Pour le Français qui vit dans une jolie maison avec vue sur le pain de sucre, s'installer dans cette favela était une évidence. Dans ces rues pentues, parfois vertigineuses, l'ambiance est paisible même s'il y a quelques années là aussi la police a débarqué. Plus bas dans la favela, Claudio, qui gère tous les conflits dans le quartier a constaté une évolution.

"Ce n'était pas aussi paisible avant, il y a peu, c'était chaud. Des armes, des tirs, beaucoup de violence. Et puis la police militaire est venue et ça a tout changé. L'image de la favela violente c'est une réalité, la violence et le danger sont installés dans beaucoup de favelas, mais ici maintenant c'est tranquille", assure-t-il. 

C'est cette ambiance et ce calme retrouvé dans les favelas qu'aimerait faire connaître Axel même si toutes ne sont pas comme celles-ci. Dans le nord de Rio, les trafiquants et les milices font la loi. Mais le cliché de la favela infréquentable énerve un peu le Français. "On est très très loin du bidonville. Toutes les maisons dans une favela sont en dur et on a tous des toilettes, une douche et de la lumière dans nos maisons. Moi je veux bien qu'on parle de pauvreté, mais pas de misère", poursuit-il.

Le Français défend son quartier comme un petit village dans un immense Rio même si en bas du quartier, les jeunes trafiquants ouvrent l'oeil.

C. B avec notre envoyé spécial Thomas Chupin