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Déchéance de nationalité: Pascal Cherki votera "contre la réforme de la constitution"

Le député socialiste frondeur Pascal Cherki a assuré, ce jeudi sur RMC, qu'il voterait contre la réforme constitutionnelle de l'exécutif, qui inclut la déchéance de nationalité française pour les binationaux condamnés pour terrorisme, appelant la gauche à rester fidèle à ses "valeurs".

Au lendemain de la décision de François Hollande, d'inscrire dans la Constitution la déchéance de nationalité pour les binationaux nés en France et condamnés pour terrorisme, une partie de la gauche se réveille sonnée. "Au-delà de la stupéfaction, je ne suis pas simplement en désaccord: je vais combattre politiquement cette mesure", a promis le député socialiste Pascal Cherki, ce jeudi sur RMC.

"Déjà, je voterai contre la réforme de la constitution si elle maintenue" a-t-il développé. "Et je vais essayer de mener avec d'autres un travail de conviction pour qu'un maximum de députés de gauche et républicains de droite, s'opposent à ce qu'il y ait une remise en cause fondamentale du droit du sol dans notre pays".

"La tactique a une limite objective"

Conformément à l'annonce solennelle du président de la République devant le Congrès le 16 novembre, trois jours après les attentats, le projet introduit la possibilité de déchoir de leur nationalité les binationaux nés français "condamnés pour un crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation".

"On se retrouve dans un débat que nous connaissons tous, qui est au fond une idée à laquelle l'extrême droite est attachée depuis le début: c'est-à-dire que binational signifie français sur le papier", a poursuivi le député frondeur.

Pour Pascal Cherki, François Hollande pense d'abord à l'élection de 2017:

"Bien sûr que dans le combat politique, un élu cherche à se faire réélire (…) mais je pense que la fin ne justifie pas les moyens", a-t-il taclé. "A un moment donné, la tactique, la manœuvre, cela existe en politique - il m'arrive d'en faire - mais elle a une limite objective: la cohérence de ses convictions".

"Je me sens comptable d'une filiation politique"

"Je ne peux pas avoir, dans l'opposition, combattu pendant des années toutes les tentatives de remise en cause de la binationalité, à travers les projets de déchéance de nationalité pour les naturalisés, comme en 2010, comme en 2011 - la droite a essayé de le faire - avec des positions très fortes de François Hollande, de Jean-Marc Ayrault, de Martine Aubry, d'Anne Hidalgo, de Ségolène Royal", a-t-il déploré. "Et aujourd'hui accepter, au nom d'un cynisme politique que je ne comprends pas, l'inscription de cette mesure dans la constitution, à l'initiative d'un président de la République de gauche et qui se dit de gauche".

Et d'enfoncer le clou: "je me sens comptable d'une filiation politique (…), de l'enseignement et de l'héritage de Jean Jaurès". "Je pense qu'en politique (…), sur les valeurs, il faut avoir une colonne vertébrale".

Selon lui, le FN a gagné? "je constate qu'on a appelé il y a quinze jours les électeurs de gauche à faire barrage au Front national, pour les empêcher de gagner deux régions, et que maintenant, on propose d'inscrire dans la constitution l'une de leurs mesures les plus symboliques", a-t-il répondu. "Je me battrai contre les orientations du Front national en matière de modèle de société".

C. P.