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Des paroles et des actes annulé: "Pour Marine Le Pen, c'est une très belle opération" estime François Fillon

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La présidente du FN Marine Le Pen a décidé jeudi, trois heures avant le début de l'émission Des paroles et des actes de France 2, de se décommander, dénonçant une "mascarade" après une journée de tergiversation sur le contenu de l'émission, finalement annulée.

Même ses adversaires le reconnaissent : on ne va entendre parler que d'elle. Marine Le Pen, la présidente du Front National, qui devait être l'invitée principale de l'émission politique "Des paroles et des actes" jeudi soir, a décidé, au dernier moment, de ne pas venir sur le plateau de France 2, une première depuis la création du programme. Elle l'a fait savoir aux alentours de 18h dans un communiqué cinglant intitulé "Monsieur Pujadas, on ne m'impose rien".

Résultat : l'émission a été annulée. Fin d'une polémique qui durait depuis plusieurs jours. Face à la mobilisation des partis politiques et du CSA, France 2 avait finalement proposé une nouvelle formule de son émission, incluant un débat entre Marine Le Pen et ses deux opposants aux élections régionales en Nord-Pas-De-Calais-Picardie. Une nouvelle formule qualifiée de "mascarade" par la présidente du FN, qui, dans son communiqué, dénonce "l'amateurisme et la servilité de David Pujadas".

"Sarkozy et Cambadélis écrivent à France 2 pour essayer de faire annuler l’émission de Marine Le Pen", a déclaré Florian Philippot, vice-président du Front National. "France 2 se couche, envoie un mail en pleine nuit à Marine Le Pen, pour lui dire finalement ça change, et vous n’avez pas votre mot à dire. Conciliante, elle essaye de trouver une solution et dit -j’accepte ce débat mais au moins remplacer les invités de l’UMP (Les Républicains, ndlr) et du PS qui sont déjà prévus. France 2 est inflexible. Devant cette arrogance et ce mépris, Marine Le Pen dit - stop, je n’accepte pas que le service public se soumette aux injonctions de Sarkozy et Cambadélis."

Les Républicains et le PS perdants

Dans cette histoire il y a des perdants. Ce sont les Républicains, aux abonnés absents jeudi soir. En meeting dans le Nord, Xavier Bertrand s'est contenté d'une petite phrase "ça va finir pas ce voir qu'elle ne veut pas débattre".

Quant à Nicolas Sarkozy il était de toute façon coincé. S’il ne répondait pas à Jean-Christophe Cambadélis, il aurait été accusé de connivence avec le FN. En dénonçant l'émission avec les socialistes, il accrédite la thèse FN : « la droite et la gauche c'est la même chose ».

Les socialistes, eux, assument. L'un d'entre eux confie "on a toujours combattu l'extrême droite et on va continuer."

François Fillon estime en tous cas que Marine le Pen a réussi son coup médiatique. "C’est tout bénéficie", reconnaît l’ancien Premier ministre. "Elle n’aura pas à s’expliquer durant trois heures, et on va parler que d’elle durant 48 heures. Pour elle c’est une très belle opération. Mais quand on est candidate à une élection sur un territoire, on ne peut pas refuser de débattre avec les autres candidats."

Du côté de France 2, on ne comprend pas le refus de Marine Le Pen. "Nous avons décidé de faire cette émission avec Marine Le Pen", explique Gilles Bornstein, rédacteur en chef de l'émission Des paroles et des actes. "Il y a eu une recommandation du CSA. Nous ne sommes ni aveugles, ni sourds. Nous avons choisi, c’est vrai tardivement, d’inviter Pierre de Saintignon et Xavier Bertrand pour ce débat régional. Je voudrais bien qu’on m’explique en quoi nous l’avons maltraitée."

Annabel Roger