RMC

Deux saisonniers découverts morts dans leur camion à Chamonix: un mode de vie en question

-

- - AFP

REPORTAGE - Un couple de saisonniers a été trouvé mort, mercredi, dans le camion où il dormait sur un parking à Argentière (Haute-Savoie), victime d'une intoxication au monoxyde de carbone. Un drame qui pose une nouvelle fois la question des conditions de vie de ces saisonniers nomades.

Deux saisonniers, un homme de 30 ans et une jeune femme de 20 ans, sont décédés dans la nuit de mardi à mercredi, sur un parking de Chamonix en Haute-Savoie. Ils ont été retrouvés morts dans le camion dans lequel ils vivaient, intoxiqués par des émanations de monoxyde de carbone à cause probablement d'un chauffage défectueux. C'est un ami et voisin, inquiet de ne pas avoir vu le couple dans la journée, qui a découvert les corps et le cadavre du chien des victimes, vers 19H00, dans le véhicule stationné sur le parking du domaine des Grands-Montets, à Argentière.

"On a refusé d'avoir un appartement"

Ce n'est pas la première fois qu'un tel drame se produit. Il y a trois ans, à La Clusaz, un couple de saisonniers d'une vingtaine d'années avaient péri dans l'incendie de son camion, toujours à cause d'un chauffage défectueux. Le dernier drame en date pose une nouvelle fois la question des conditions de vie des saisonniers nomades. Un mode de vie, voulu ou contraint, mais qui reste très précaire. Par exemple, Pierre vit six mois de l'année dans son camion, figé par la neige au pied de l'Aiguille du Midi.

Mais même après la mort de ses deux collègues, il ne compte pas changer de mode de vie. "On a refusé d'avoir un appartement, ce n'est pas pour l'accepter pendant trois mois l'hiver parce qu'il fait froid, explique-t-il sur RMC. Si on l'a choisi, c'est qu'on veut y être tout le temps. On y vit correctement. On a le chauffage électrique, le courant… On a tout. On n'a besoin de rien d'autre".

"On prend le problème à bras-le-corps"

A Chamonix, sur les 2.500 saisonniers, une petite centaine vit dans un camion aménagé. Avant tout pour une question d'argent, selon Vincent: "Ça a l'atout de pouvoir dire à son patron 'Je suis logé et en plus j'ai mon moyen de locomotion'." Et d'ajouter: "Sans aide, sans possibilité de logement, le camion est une alternative qui fait réfléchir". La municipalité a même réservé une cinquantaine de places dans un camping à ces saisonniers et leurs camions.

"On préfère qu'ils se chauffent à l'électricité plutôt qu'au bois. Cela représente moins de risque d'intoxication, justifie Jean-Michel Bouteillé, le directeur adjoint des services de Chamonix. De toute façon, je pense qu'on aura toujours des saisonniers en camion. C'est un fait de société que la commune a décidé de prendre à-bras-le-corps". En revanche, certaines stations des Alpes ont, quant à elles, par mesure de sécurité, interdit le stationnement des camions de saisonniers.

Maxime Ricard avec Gwenaël Windrestin