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Diesel à moins d'un euro le litre: profitons-en, "à long terme ça ne va pas durer"

Avec un litre du diesel à moins d'un euro le litre depuis quelques jours, le carburant préféré des Français n'a plus été aussi peu cher depuis juillet 2009. Thomas Porcher, professeur à la "Paris school of business" et spécialiste des questions énergétiques, nous explique ce mardi sur RMC pourquoi cela ne va pas durer.

On irait presque à la pompe par plaisir. Depuis quelques jours, le litre de diesel coûte en moyenne 99,35 centimes d'euros dans les stations-services française. Le gazole en dessous du seuil symbolique des 1€, on n'avait plus connu ça depuis 6 ans : c'est son plus bas niveau depuis juillet 2009. Avec une baisse de 20 centimes par litre en à peine cinq mois, le diesel a connu une chute historique. Une baisse des prix qui touche le plus grand nombre d'automobilistes, puisque 8 Français sur 10 roulent dans un véhicule diesel.

Le prix des carburants suit la baisse du pétrole, avec un cours de l'or noir qui s'est effondré depuis un an et demi. Le brent était tombé lundi 21 décembre à son plus bas niveau depuis juillet 2004, à 36,04 dollars le baril.

"Sur le long terme, ça devrait remonter"

Cela va-t-il durer ? A priori, non, explique Thomas Porcher, professeur à la "Paris school of business" et spécialiste des questions énergétiques, invité ce mardi de Jean-Jacques Bourdin. "Ce prix du pétrole, à 36 dollars le baril, est un prix spéculatif, car à ce prix ce n'est pas rentable pour tout un tas de pétrole qu'on continue à exploiter : le pétrole de schiste, le pétrole en off-shore très profond… Donc sur le long terme ça devrait remonter".

La faute notamment à l'augmentation des taxes au 1er janvier, avec une augmentation de 3,5 centimes par litre de diesel, et de 2 centimes par litre d'essence. Mais avant que le marché se reprenne, les automobilistes vont pouvoir encore en profiter quelques mois. Même si l'impact est plus psychologique qu'économique, avance Thomas Porcher. "Ça dope un petit peu la croissance, mais c'est relatif. La consommation moyenne d'une voiture diesel sur un parcours moyen d'un automobiliste français sur un an, ça fait une économie de 20 euros par mois. C'est bien mais ce n'est pas ça qui relance la consommation. Là on va gagner 0,2 à 0,3% de croissance. C'est pas mal, mais ce n'est pas ça qui va relancer la croissance".

En Arabie Saoudite, l'essence va augmenter de… 50% !

Si en France et en Europe on se réjouit de ces prix des carburants particulièrement bas, en Arabie Saoudite, principal producteur de pétrole, on découvre… l'austérité. Le royaume est en quelque sorte pris à son propre piège, puisqu'il a sciemment laissé les prix chuter pour mettre à mal l'exploitation du pétrole de schiste américain, qui a besoin de prix élevés sur les marchés pour être rentable. L'Arabie Saoudite a besoin d'un pétrole à 90 dollars le baril pour assurer son train de vie, et avec les carburants bon marché, il se retrouve dans le rouge pour la troisième année consécutive. Conséquence: les automobilistes saoudiens voient le litre d'essence augmenter de… 50% ! Dur à avaler, même si le litre avoisine les 20 centimes d'euros.

"Les Saoudiens vivent une petit crise d'austérité donc ils font comme nous: des impôts sur les carburants pour récupérer un petit peu plus d'argent, explique Thomas Porcher. Et c'est très mal vécu par les populations qui n'ont pas l'habitude. C'est un pays où la rente pétrolière est redistribuée en créant des postes de fonctionnaires, ou en donnant des bourses étudiantes. Mais aujourd'hui ils ont des déficits, donc ils ne vont plus augmenter les salaires des fonctionnaires - c'est comme ça qu'ils avaient la paix -, et ils vont augmenter les biens de consommation : eau, électricité, carburant… Donc il risque à terme d'y avoir des tensions".

Philippe Gril avec JJ. Bourdin