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Directeur d'école soupçonné de viols: "On a mis le loup dans la bergerie"

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L'enseignant et directeur d'école de Villefontaine dans l'Isère avait déclaré en 2008 lors d'une garde à vue qu'il craignait de passer à l'acte. Il était alors poursuivi pour recel d'images à caractère pédophile. Une révélation qui scandalise les parents d'élèves.

Le directeur d'école de Villefontaine (Isère), mis en examen pour viols sur mineurs, avait dit dès 2008 à un gendarme qui l'interrogeait sa crainte de passer à l'acte. "Je n'ai jamais eu de relations avec des mineurs", avait-il déclaré en avril 2008 dans une affaire de téléchargement d'images pédopornographiques. "Je ne peux pas le concevoir mais je peux le craindre", avait-il ajouté.

Il avait été condamné à six mois de prison avec sursis, mais sans que cette décision soit assortie d'une interdiction d'entrer en contact avec des mineurs. L'inspection académique n'avait pas été prévenue à l'époque. Lundi 23 mars, l'homme a finalement été arrêté puis écroué après avoir été dénoncé par l'une de ses élèves. Le suspect est passé aux aveux et fait désormais l'objet de plusieurs plaintes.

"On a laissé nos enfants à l'abandon"

Sébastien, père d'une élève de CP, a déposé plainte. Les propos de l'enseignants tenus en 2008 mettent ce père de famille encore un peu plus en colère contre l'institution judiciaire: "Il y a un grave manquement, c'est une faute lourde. La personne qui a des pulsions, qui le signale: comment penser qu'elle ne passera pas à l'acte un jour? On a laissé nos enfants à l'abandon".

Nidal est aussi le père d'une petite fille, victime présumée de son instituteur. Il ne comprend pas que les craintes d'un passage à l'acte formulé par l'auteur des faits n'aient pas été pris en compte: "Tout était écrit, il suffisait simplement de lire. Je ne comprends pas comment la justice a pu laisser passer ça. Il fait comprendre qu'il a besoin qu'on l'aide et on le remet à l'Education nationale sans s'inquiéter de sa santé mentale. Il n'est même pas reçu par le médecin du travail avant d'être réaffecté. J'ai l'impression qu'on nous a mis le loup dans la bergerie".

"Il a tiré la sonnette d'alarme et on ne l'a pas entendu"

C'est Patrice Reviron, l'avocat de parents d'élèves qui a découvert en lisant le dossier de l'instituteur qu'il avait déjà été question de passage à l'acte en 2008: "On a une forme d'aveu et d'appel au secours. C'est dans la procédure. Il a lui-même tiré la sonnette d'alarme et on ne l'a pas entendu. On se retrouve avec des petites victimes, avec des parents effondrés et avec cet homme qui fait face à des faits criminels qu'on aurait peut-être pu éviter".

Et pour Christine Djamila Allaf, directrice d'Innocence en danger France, une association qui oeuvre contre la violence sexuelle, la justice aurait dû être beaucoup plus sévère dès 2008 avec l'instituteur: "Le juge a considéré qu'on devait laisser une deuxième chance, mais sur le dos de qui? Sur le dos d'enfants sans défense, c'est insupportable. Il faudrait des peines dissuasives pour que la société entende bien que c'est très grave. Les prédateurs doivent être en prison, être pris en charge psychiatriquement, et les enfants doivent être protégés".

La rédaction avec C.Checcaglini