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Discrimination à l'apparence physique: "J'ai été renvoyée parce que trop grosse"

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Selon le baromètre annuel Ifop pour l'OIT et le Défenseur des droits, un tiers des demandeurs d'emploi estime avoir été victime de discrimination à l'embauche. De l'âge (dans 35% des cas) à l'apparence physique (25%), les situations de discriminations sont nombreuses. Ce vendredi RMC est allée à la rencontre de Sabrina, victime de ce genre de discrimination à l'apparence physique.

Depuis une loi du 16 novembre 2001, la discrimination fondée sur l'apparence physique est expressément interdite par le Code du travail. Et les sanctions sont plutôt sévères; jusqu'à trois ans de prison et 45 000 euros d’amende. Pourtant, selon le baromètre annuel Ifop pour l'OIT et le Défenseur annuel des droits, un tiers des demandeurs d'emploi estime avoir été victime de discrimination à l'embauche.

Parmi ces discriminations, l'âge arrive en tête (35% des cas) suivi de l'apparence physique (25%). RMC a recueilli le témoignage de Sabrina, victime de ce genre de discrimination. Depuis toute petite, cette jeune femme rêve d'être esthéticienne. Fraîchement diplômée, à 18 ans, elle postule dans plusieurs instituts de beauté. Mais ses 130 kg posent problème. "Quand j'entre déposer ma candidature, il y a un gros blocage, un gros blanc. On me dit qu'il faut avoir une bonne présentation et que je ne l'ai pas", raconte-t-elle dans Bourdin Direct.

"Vous ne représentez pas votre métier"

Et quand finalement elle arrive à décrocher un CDD, l'expérience tourne court: "Au bout de deux semaines, la patronne m'a convoquée dans son bureau pour me dire qu'elle ne pouvait pas continuer avec moi parce que j'étais grosse. Elle a ajouté: 'Il faut maigrir. Le monde de l'esthétique c'est le monde de la beauté. Vous ne représentez pas votre métier". Problème comme le souligne Anne-Sophie Joly, présidente du collectif national des associations d'obèses, malgré cette discrimination, très peu de victimes déposent plainte. "Une personne qui a été 'taclée' et 'renvoyée dans ses buts' ne le fera car elle partira du principe de se dire que c'est de sa faute. Donc on tourne en rond", explique-t-elle.

Le témoignage de Sabrina est loin d'être unique en son genre comme le constate Jean-François Amadieu, sociologue spécialiste des discriminations. "Dans beaucoup de métiers en contact avec la clientèle, on ne va pas vous recruter car on pense que vous devez séduire, plaire aux clients. On va aussi penser que la personne qui a quelques kilos en trop, c'est de sa faute, qu'elle a une personnalité faible", analyse-t-il.

Des préjugés bien ancrés

Des préjugés dénoncés par Jean-Paul Charlez, l'Association nationale des directeurs des Ressources humaines: "Si un manager est discriminant on doit l'avertir et s'il ne change pas de comportement, le licencier. Il est en effet inadmissible qu'un manager fasse preuve de discrimination dans ses recrutements et sa gestion".

Pourtant, ces préjugés sont bien ancrés dans la société. Selon ce même baromètre, 75% des chômeurs pensent qu'être obèse est un inconvénient pour trouver un emploi. Autre statistique inquiétante: 85% des sondés pensent, qu'avec la crise économique et l'augmentation du chômage, la discrimination à l'apparence physique s'est aggravée.

Maxime Ricard avec Jean-Baptiste Durand