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Dix pour cent: "les scénaristes français ont pris conscience des codes de la télévision"

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La saison 2 de Dix pour cent, c'est ce mercredi soir. La première saison, diffusée en octobre 2015, avait été saluée par la critique. Preuve que les séries françaises commencent sérieusement à concurrencer les Etats-Unis, rois incontestés de la série télé. Mais la France a beaucoup évolué, estime le spécialiste des séries et "script doctor" Vincent Colonna.

Vincent Colonna est l'auteur de L'art des séries télé 1 & 2 et "script doctor" (personne à qui on fait appel pour améliorer les scénarios):

"Les séries françaises ont beaucoup évolué depuis quelques années. Dix pour cent en est un très bon exemple. Ça fonctionne parce que c'est une histoire qui est excellente. Cette série montre que la série française a fait énormément de progrès. En revanche, la saison 2 des Témoins s'est écroulée parce que les Français se calquent trop sur le cinéma.

On prend conscience des codes de la télévision, du coup, les meilleurs scénaristes sortent du lot. Le marché se professionnalise. On comprend qu'il faut travailler en équipe. Avant les créateurs voulaient garder les droits pour eux et ne voulaient pas travailler en équipe.

Tout le monde est aussi devenu plus exigeant: les producteurs, les chaînes, les téléspectateurs. Avant les gens parlaient d'images, maintenant on sait qu'à la télévision ce n'est pas le problème, il faut une bonne histoire. Il y a eu une prise de conscience généralisée.

Et vous avez aussi les nouvelles générations de scénaristes qui arrivent. Et ces nouvelles générations ont biberonné des séries télé et pas du cinéma. Ces jeunes scénaristes sont au point et prêts à écouter et savent ce qu'est une série télé.

"Une formation spécifique aux séries télé"

Il y a aussi des formations qui ont été mises en place: même la Femis a mis en place une formation spécifique aux séries télé. C'est une forme de révolution car la Femis est le dépositaire des Cahiers du cinéma, de la cinéphilie française qui existe depuis 1920. Normalement, la Femis, c'est la haine de la télévision. Il y avait en France un gros mépris vis à vis des séries.

Les bonnes séries françaises aujourd'hui sont surtout chez Canal parce que Canal paie mieux, c'est quand même important. Ils ont été les premiers à tout miser sur les séries. Ils ont fait beaucoup d'erreurs, mais ce sont des échecs qu'on a oubliés comme La Commune (2007) par exemple, qui a été un gros crash parce que le scénario n'était pas au point. On voit que les gens se cherchent, qu'ils apprennent, aussi bien les producteurs, que les scénaristes.

Les séries françaises sont dans la bonne voie. Ce n'est pas encore parfait mais c'est normal, il faut une génération. Aujourd'hui, vous avez des gens qui ont les moyens de faire des séries télé qui sont encore trop cinéphiles et qui les font à l'ancienne, donc c'est la plantade assurée. Ça met du temps à évoluer. A l'ère numérique on veut tout, tout de suite, mais la culture, ça ne marche pas comme ça.

"On oublie les séries qui sont mortes"

On est sur la bonne voie. En 2010, je pouvais épingler des séries françaises en les comparant aux séries américaines, aujourd'hui je ne pourrais pas faire ça car c'est rare de voir des séries totalement maladroites et mal foutues. Il y a des exceptions, mais c'est rare. Et puis ça arrive chez les Américains aussi. Pour 40 séries qu'ils mettent à l'antenne, 3 vont survivre. On oublie celles qui sont mortes.

Il faut que les pouvoirs publics prennent conscience que la série est un produit d'exportation. Les Israéliens l'ont compris, ils ont une petite industrie mais travaillent avec leur matière grise, ils font des séries qu'ils exportent partout. On pourrait faire cela parce qu'on a peut-être le meilleur milieu audiovisuel (Etats-Unis exceptés), en terme de techniciens, d'opérateurs, de preneurs de son, de cameramen, de décorateurs. Mais tout va au cinéma.

Il faudra rajouter des sous pour les séries et créer une plateforme rivale de Netflix avec des séries européennes et des films indépendants. C'est d'ailleurs dans le programme de Macron! Donc il y a des gens qui pensent à cet enjeu. Il faut que l'on sorte de notre haine de la télévision. Il y a dans l'intelligentsia française, qui sort de Sciences Po et l'Ena, cette idée que les séries, c'est de la télévision donc c'est de la merde. Les gens qui ont 40-50 ans au pouvoir pensent ça. Les jeunes ne le pensent pas. Donc c'est voué à changer".