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Don d'organes: "J'ai grandi avec le foie de quelqu'un d'autre"

Le don d'organes en question

Le don d'organes en question - AFP

Pour faire face à la pénurie d'organes, un amendement propose de renforcer le consentement présumé au don en se passant de l'avis des proches du défunt. Un changement de législation saluée par des auditeurs de RMC.

En 2013, en France, 19 000 personnes étaient en attente d'une greffe mais seulement 5 000 ont eu la chance d'être greffée. Autres chiffres: le taux de refus de prélèvement est passé de 9,6% en 1990 à 33,7% en 2012, voire à près de 40% si on s'en tient aux greffons utilisables, alors même que, selon un sondage réalisé en 2013 par Opinion Way, seuls 21% des Français seraient hostiles aux dons d'organes. Ce mardi matin au 32 16, les auditeurs de RMC ont fait part de leur expérience personnelle.

"On ne regrette rien"

"Le 21 juin 2013, mon gendre a été victime d'un accident de voiture. Il a été placé en soins intensifs en neurologie. Les médecins étant très pessimistes quant à l'état de santé de son mari, j'ai dit à ma fille de regarder les prospectus à propos des dons d'organes", raconte Laurent, chauffeur routier dans le Tarn, lui-même en possession de la carte de donneur depuis une dizaine années. Et de poursuivre: "Ma fille et sa belle-mère n'avaient pas encore pris leur décision donc elles ont étudié la question ensemble. Elles ont eu le temps de voir trois fois les médecins et les infirmières avant que mon gendre ne décède le 28 juin".

"On a eu deux réunions au cours desquelles ils nous ont bien expliqué ce qui allait se passer. On a pu poser toutes les questions qu'on voulait, on a été très bien écouté et on a eu toutes les réponses. Dès lors, à la troisième réunion, on a donné notre accord, deux jours avant sa mort." Depuis, Laurent l'assure: "On ne regrette rien". Il ajoute qu'"un suivi existe" pour ceux qui veulent savoir: "Un numéro est mis à disposition. Je l'ai appelé et c'est comme ça que j'ai su qu'il lui avait enlevé le cœur, le foie, les deux reins et la cornée. J'ai aussi su que toutes les greffes avaient prises. Il y a un suivi de A à Z".

"Quelque chose de normal"

Un témoignage qui s'ajoute à celui de Coralie, comédienne greffée du foie à 5 ans et demi. "J'ai grandi avec le fait de vivre avec l'organe de quelqu'un d'autre, rapporte-t-elle sur RMC. Pour moi, c'était donc quelque chose d'assez normal mais je me suis toujours interrogée sur le fait que quelqu'un était décédé pour que je vive. Et puis un jour, je me suis dit que de toute façon cette personne était morte avant, que c'était son destin, que sa mort serve à d'autre vie ".

Coralie poursuit qu'en tant que personne transplantée elle "est en pleine forme. Je ne vais jamais à l'hôpital. Je prends tous les jours l'antirejet. J'ai une vie tout à fait normale". Elle conclut son témoignage en affirmant que "le don d'organes fonctionne. C'est donc important d'y penser".

Maxime Ricard