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Douches, picots anti-SDF: "On cherche à rendre invisibles les gens à la rue"

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La Fondation Abbé Pierre et Emmaüs Solidarité ont lancé la semaine dernière une campagne contre le mobilier urbain anti-SDF. Pour Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, ces dispositifs "qui prolifèrent depuis des années ne règlent rien".

Christophe Robert est délégué général de la Fondation Abbé Pierre qui lutte contre le mal-logement:

"Nous avons mené des actions dans plusieurs villes de France: Paris, Metz, Lyon et Marseille. On a collé ces affiches sur certains mobiliers urbains identifiés à l'avance. Et nous avons trouvé cette douche anti-SDF qui fonctionnait encore vendredi. Il y a un caractère troublant: on cherche à se préserver du froid, du vent et on se prend une douche froide, c'est un peu marquant.

Ce que nous dénonçons, c'est la manière dont se développe cette façon d'éloigner des centres-villes les personnes à la rue. Mais pour nous, ça recoupe aussi d'autres enjeux: la manière dont la société considère les personnes à la rue. Ça fait écho aux arrêtés anti-mendicité, anti-regroupement qui sont pris par des maires et qui font que ceux qui n'ont déjà rien peuvent se prendre une contravention. On voit proliférer cette manière de ne pas répondre aux problèmes.

"Il ne faut pas se tromper de cible"

On a une augmentation de 50% de SDF en 10 ans en France et il ne faudrait pas que l'on s'y habitue. Il ne faudrait pas non plus que la réponse soit de les éloigner. Ça ne règle rien. L'abbé Pierre le disait déjà 'il faut faire la guerre à la pauvreté et pas aux pauvres', il ne faut pas se tromper de cible.

Les mobiliers anti-SDF pour nous sont symptomatiques de cette évolution de la société. On les avait vu arriver il y a 7-8 et depuis il y a une prolifération avec un nouveau dispositif qui tend à se développer: l'engrillagement. C’est-à-dire que s'il y a des petits recoins qui peuvent servir d'abris, on met des grilles dessus.

Il y a une augmentation de ce type de réponses qui n'en sont pas. A l'échelle européenne, c'est aussi le cas. Il faut marquer un temps d'arrêt là-dessus et se demander ce qu'on est en train de faire parce que ça peut conduire carrément un pays à interdire les centres ville aux SDF comme en Hongrie.

Il y a encore 7-8 ans, il était inconcevable de voir un enfant ou une femme à la rue. Petit à petit, on a glissé sans s'en rendre compte et ça devient fréquent. Il faut bien mesurer ce que ça signifie. Nous sommes en échec dans la mesure où nous n'avons pas réussi à apporter une réponse. Et face à cet échec, notre réflexe, c'est de les éloigner. De les rendre invisibles. Non seulement ça ne règle rien, mais ça peut créer des tensions supplémentaires. Si vous êtes loin des maraudes, loin de l'aide, ce n'est pas anodin.

"On est tous un peu responsable"

Chacun a de bonnes raisons de mettre ces dispositifs, ce sont des raisons qui sont légitimes mais on doit quand même s'interroger sur la responsabilité des mairies à ouvrir des lieux d'accueil pour les personnes à la rue. Toutes les villes n'en ont pas assez voire pas du tout. L'Etat a une responsabilité pour faire du logement social ou mettre en place des dispositifs d'hébergement. Je pense qu'on est tous un peu responsables de cette dérive et on a tous la responsabilité d'inverser la manière de faire.

L'objet de cette campagne c'est de réincarner. Je pense que les gens parfois prennent des décisions sans mesurer qu'ils ont affaire à des gens qui ont galéré à un moment et à qui on doit juridiquement l'assistance. On a un peu oublié ça. Quand vous discutez, on voit bien qu'il y a une désincarnation, on traite une masse de SDF. Et dès qu'on présente un monsieur qui a eu des problèmes qui a dégringolé jusqu'à la rue, les gens s'en émeuvent. Il faut dire de quoi on parle. On n'est pas en train de parler de voitures, de yaourts, on parle de gens!"