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Drame de Joué-lès-Tours: "Les images ne peuvent pas tromper"

C'est dans ce commissariat qu'a eu lieu le drame

C'est dans ce commissariat qu'a eu lieu le drame - GUILLAUME SOUVANT / AFP

Des proches de Bertrand Nzohabonayo, qui se faisait appeler Bilal, abattu il y a huit jours au commissariat de Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire) alors qu'il attaquait des policiers, mettent en doute la version des autorités. C'est le cas de Mina, ami d'enfance de Bertrand et invité ce lundi de Jean-Jacques Bourdin.

L'affaire de Joué-lès-Tours rebondit. Selon la version officielle, Bertrand Nzohabonayo, converti à l'islam et qui se faisait appeler Bilal, aurait agressé des policiers avec un couteau en criant "Allah Akbar" le 20 décembre dans le commissariat de cette petite ville d'Indre-et-Loire. Il aurait blessé trois policiers avant d'être tué. Mais depuis plusieurs jours, plusieurs témoins, dont une personne interrogée face caméra par une équipe de l'AFP avancent une autre version.

Ils assurent que Bertrand aurait en fait été interpellé par des policiers à l'extérieur du commissariat. Les policiers auraient voulu avoir des renseignements sur une altercation la veille (à laquelle il n'a semble-t-il pas participé). Il se serait alors rebellé, et sorti son couteau avant de rentrer dans le commissariat. Invité de Jean-Jacques Bourdin ce lundi matin, Mina, un ami d'enfance de Bertrand, conteste lui aussi la version officielle : "Depuis le début de l'affaire j'ai suivi tout ce qui a été dit et je peux donc affirmer que plusieurs témoins ont donné une version totalement antagoniste à celle relayée par les policiers présents et reprise par la suite par le procureur de la République et le ministère de l'Intérieur".

"On sentait qu'il était apaisé"

C'est pourquoi, "on demande aux gens qui ont vu l’interpellation de parler pour rétablir la vérité" mais aussi que les vidéos des caméras du commissariat soient rendues publiques. Car, "les images ne peuvent pas tromper, elles parlent d'elles-mêmes. Donc, si comme les policiers le disent Bertrand est entré délibérément dans le commissariat, les images le montreraient facilement". Il ajoute : "Le but n'est pas de créer la polémique. Nous faisons confiance en la justice pour qu'elle fasse toute la lumière sur cette affaire mais entre les deux versions il y a une grande différence…"

De même, alors que la version officielle mentionne que Bertrand pratiquait un islam radical, Mina assure, sur RMC, le contraire : "Bertrand, ou Bilal, quand il était plus jeune a commis quelques petits larcins, des petits actes de délinquance. Il n'avait pas un comportement irréprochable mais, lorsqu'il a embrassé cette religion, il avait en quelque sorte trouvé sa voie. Ses amis, sa famille sont unanimes : il avait radicalement changé son comportement, et dans le bon sens du terme, puisqu'il ne faisait plus parler de lui. Il était calme, on sentait qu'il était apaisé, plus sain".

"Il n'avait pas à se faire justice lui-même"

Pourtant, Bertrand avait affiché le drapeau de l'Etat islamique sur sa page Facebook, de quoi interpeller tout de même. Mais pour Mina, "s'il n'y a pas d'excuses à lui trouver par rapport à cela", il ne faut toutefois pas s'y attarder trop longuement car, dit-il dans Bourdin Direct, "je ne pense pas que c'était dans un soutien réel ou qu'il comprenait réellement les revendications de ce groupe. Je pense qu'il était peut-être, d'une certaine façon, dans la provocation, dans la volonté de faire passer un message même si on ne comprend pas toujours le message que l'on veut faire passer. Et pour moi, en l'occurrence, il ne comprenait pas vraiment ce qu'était Daesh et ses idées".

Si les versions divergent, un point semble faire l'unanimité dans cette affaire : Bertrand avait un couteau en entrant dans le commissariat. A ce sujet, Mina se montre très ferme : "Qu'il n'y ait pas l'ombre d'un doute, nous condamnons fermement l'acte qu'il a fait, à savoir qu'il ait sorti son couteau et qu'il s'en soit servi. Quand bien même, il aurait subi une bavure, il n'avait pas à se faire justice lui-même."

Ne pas "oublier tout le bien qu'il a fait"

"Cependant, poursuit-il, les faits ne sont pas toujours en accord avec la réalité car chaque être humain a sa part de complexité, ses failles personnelles, son moment de faiblesse. C'est pourquoi, même si je condamne les actes de Bertrand, je peux les comprendre car personne n'est à l'abri, dans un moment de grande colère, de perdre ses moyens et de commettre ce genre d'acte".

Dans Bourdin Direct, alors que les obsèques de Bertrand ont lieu ce lundi, son ami d'enfance estime qu'il "est absurde de résumer sa vie à ce simple fait car cela serait oublier tout le bien qu'il avait fait auparavant autour de lui et tous les efforts qu'il avait accompli pour devenir un homme meilleur".


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Maxime Ricard avec Jean-Jacques Bourdin