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Droit de vote aux étrangers : la polémique s’accentue

Christophe Jakubyszyn.

Christophe Jakubyszyn. - -

Nouvelle polémique entre la droite et le PS sur le vote des étrangers aux municipales. On sait que la droite y est hostile, y compris désormais Nicolas Sarkozy. Mais ce week-end, Claude Guéant a voulu en rajouter.

Hier le ministre de l’Intérieur affirmait sur Europe 1 avoir trouvé une perle dans l’accord entre le PS et les Verts. « Cela veut dire que nous pourrions avoir des maires étrangers. Très franchement, je n'ai pas envie de voir dans le département de la Seine-Saint-Denis qui a une forte population étrangère, la majorité des maires devenir étrangers ». Ce n’est pas tout à fait vrai ! Ce n’est pas ce que dit le texte et puis ce n’est pas possible selon la Constitution.

Surprise au PS

Ce qui est amusant c’est l’effet que cette déclaration a provoqué à gauche. C’est d’abord une sorte de mouvement de panique sur le thème : « Mince, on s’est encore fait avoir par les verts. On a signé sans relire le texte avec les écologistes ». En quelque sorte le remake de la polémique sur l’arrêt de la filière de retraitement du combustible nucléaire, le MOX.
Manuel Valls, porte-parole du candidat Hollande, était un peu pris de court hier sur France 3. « Des maires étrangers ? Mais d'où sort-il cela ? »
De leur côté les Verts se frottaient déjà les mains. Un porte-parole de campagne d’Eva Joly commentait hier : « Nous, on fait attention au sens des mots dans notre accord. Ce qui importe au PS c'est le symbole politique de l'accord ».

Les étrangers éligibles au conseil municipal uniquement

La vérité c’est qu’il y a bien dans l’accord la notion d’éligibilité des étrangers aux municipales. Tout comme d’ailleurs dans la proposition de loi constitutionnelle qui sera bientôt examinée par le Sénat, à l’initiative des socialistes.
Mais qui dit éligibilité au conseil municipal en tant que conseiller municipal ne dit pas éligibilité en tant que maire. Le maire est détenteur de pouvoirs, notamment le droit d’être grand électeur pour les sénatoriales ou de pouvoir parrainer les candidats à la présidentielle, autant de prérogatives qui supposent d’être Français. Ce n’est pas donc possible dans l’état actuel de la Constitution et ce n’est pas prévu non plus dans l’actuelle proposition de loi constitutionnelle socialiste.
Reconnaissons quand même que les Verts, une fois de plus, ne sont pas mécontents d’entretenir l’ambiguïté avec leurs partenaires socialistes et de les pousser dans leur retranchement. La ficelle de M. Guéant était un peu grosse mais celle des écolos ne l’est pas moins !

Des sondages favorables au droit de vote des étrangers

La droite a tort d’exploiter politiquement cette affaire du droit de vote des étrangers aux municipales car selon un sondage BVA publié dans le Parisien ce matin, une nette majorité de français (61%) est favorable au vote des étrangers. Sociologiquement, le sujet fait presque l’unanimité. Chez les jeunes comme chez les vieux : de 75% d’adhésion auprès des 25-34 ans à 51% auprès des seniors. A gauche évidemment, l’adhésion est très large (75%) mais à droite c’est presque équilibré. 43% des sympathisants de droite y sont favorables, contre 56% contre.
Le mot de la fin, je le laisse au dessinateur du Parisien ce matin, avec ce couple qui regarde les affiches des candidats à la présidentielle. L’homme demande : « Sarkozy, Hollande, c’est français ces noms-là ? ». La femme lui répond : « Vote Joly, ça c’est de chez nous »…

Christophe Jakubyszyn