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Du vin n'importe où en France? "Je trouve ça totalement aberrant"

REPORTAGE - Davantage de vignes pourront être plantées en France à partir du 1er janvier, y compris pour produire des vins sans indication géographique, c'est à dire n'importe où sur le territoire. Dans le monde agricole, cette nouveauté est une aubaine pour certains, un danger pour d'autres...

Des vignes sans appellation en France? Une petite révolution dans le monde viticole possible dès le 1er janvier 2016. Plus précisément, à partir de cette date, une nouvelle règle permettra de cultiver des vignes n'importe où en France, dans l'objectif affiché de libéraliser la culture du vin. Désormais, les nouvelles plantations sont autorisées a priori, dans la limite de 1% du vignoble déjà existant. Ainsi, l'augmentation du vignoble français restera modeste avec au maximum 8.000 hectares de vigne en plus en 2016. Mais dans le monde agricole, cette ouverture est perçue comme une aubaine pour certains, un danger pour d'autres...

"Evoluer dans mon exploitation"

Parmi les heureux, Patrice Boudignat. Actuellement, autour de sa ferme, des champs de céréales: orge et tournesol surtout. Mais dès l'année prochaine, Patrice plantera 1.500 pieds de vignes. Un premier test avant de se lancer dans la viticulture. "Ce qui va me permettre d'évoluer dans mon exploitation c'est de faire une production de raisins qui historiquement existait sur cette commune", déclare-t-il. Et d'ajouter: "C'est quand même un produit noble, un produit à haute valeur ajoutée et je pense aussi que c'est un très bon moyen de réutiliser les meilleurs espaces agronomiques de notre territoire".

En mars prochain, Patrice déposera donc officiellement sa demande de plantation. Et il voit les choses en grand. "C'est relativement lent car il nous faudra encore trois ans pour commencer à espérer une première récolte, indique-t-il. Mais on espère avoir quinze hectares et produire environ 100.000 bouteilles. Toutefois si notre produit n'est pas bon, il ne se vendra pas. S'il est bon, cela serait dommage de se priver d'un bon produit".

"Sacrifiés sur l'autel de la libéralisation"

Mais des apprentis vignerons comme Patrice, Pascal Perrot les redoutent. Sa famille produit du champagne AOC depuis trois générations et il ne décolère pas quant à la future législation. "On a énormément de normes à respecter et ces gens-là n'auront pas ce souci-là. Ils pourront faire ce qu'ils voudront. Je trouve ça totalement aberrant", s'emporte-t-il.

"Dans un nombre de supermarchés, une majorité de gens regardera simplement la problématique du prix en prenant la bouteille la moins chère", poursuit-il avant d'assurer: "On sera les premiers touchés. On est donc sacrifiés sur l'autel de la libéralisation".

Maxime Ricard avec Amélie Rosique