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Hollande a-t-il pris le melon ?

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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François Hollande a critiqué hier soir 2 le plan de rigueur du gouvernement. Il réunira demain ses «experts» pour un colloque consacré à la crise. Il est très présent mais sa stratégie laisse perplexe. Aurait-il attrapé la grosse tête ?

On peut comprendre qu’en mesurant le chemin parcouru en un an, il ait plutôt envie de s’auto-congratuler – c’est d’ailleurs un point commun qu’il partage avec N. Sarkozy. Mais il devrait veiller à ce que sa confiance actuelle – sans doute réelle, peut-être même justifiée – ne passe pas pour de la vanité. Ou de la désinvolture. Avoir choisi d’inaugurer la foire du livre à Brive pendant que les grands dirigeants du monde étaient à Cannes pour le G20 en pleine crise, ça a fait douter ses partisans ; mais lui, ça l’a rendu joyeux. On l’a vu prendre des bains de foule, goûter le saucisson. Il y avait quelque chose d’un peu étrange, presque surréaliste, dans ce décalage. C’était un candidat à la campagne – pas un présidentiable en campagne.

Est-ce que ce n’était pas une mise en scène, dans la droite ligne de son fameux slogan sur le « président normal » ?

Sans aucun doute. L’anti-communication à la Hollande, c’est l’autre versant de l’hyper communication sarkozienne, avec interview à grand spectacle avec B. Obama. Seulement voilà, il donne l’impression qu’il ne sait plus très bien où il en est, ce qu’il doit dire ni à quel moment le dire. Après sa victoire à la primaire, il avait promis une « diète médiatique ». Résultat : il donne deux interviews par jour. Il est vrai qu’il ne dit toujours pas grand-chose sur le fond – donc c’est plutôt une diète politique. Son colloque de demain sur la crise était prévu à huis clos. Il a décidé d’y ajouter une conférence de presse. On voit la contradiction : il voudrait parler peu pour se donner de la distance ; mais il a peur qu’en ne parlant pas assez, il apparaisse trop absent.

F. Hollande maintient qu’il lancera sa campagne en janvier. A-t-il tort de ne pas accélérer ?

La bonne tactique, c’est celle du gagnant – donc on ne pourra juger qu’au résultat. Ce qui paraît étrange, c’est que F. Hollande affiche aussi ouvertement qu’il ne veut rien changer à ce qu’il avait prévu parce qu’il a la conviction d’avoir déjà gagné la course. Hier dans Libération, il a prononcé cette phrase incroyable : « Je ne suis pas un contre-président, je suis le prochain » ! Il n’a pas dit : « Je veux être le prochain », mais bien : « Je le suis ». Donc samedi, c’était le saucisson ; et lundi… le « melon » – la grosse tête, oui. ça non plus, ça n’enchante pas ceux qui l’entourent. Aucun candidat n’a jamais osé dire une chose pareille 6 mois avant l’élection. Certains l’ont pensé, comme E. Balladur ou L. Jospin. Ça ne leur a pas réussi.

Est-ce que F. Hollande ne cherche pas avant tout à miser sur le rejet de N. Sarkozy ?

C’est évident ; mais c’est risqué. C’est d’ailleurs l’erreur qu’avait commise L. Jospin en 2002 face à J. Chirac. Chez F. Hollande, il y aussi l’obsession de se montrer inflexible pour balayer les accusations de mollesse. Le problème, c’est que ça le conduit à nier qu’il a déjà abandonné ses deux idées les plus symboliques (les 60 000 postes d’enseignants et contrat de générations) alors que tout le monde l’a compris. Mais il reste chez le candidat Hollande une dimension tacticienne qui jure avec son nouveau costume sombre d’homme d’Etat. Pour l’instant, il a moins l’air d’un président normal que d’un candidat… bancal.

Hervé Gattegno