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"Pouyanné, arrête de te gaver et laisse les artisans travailler": le coup de gueule de Stéphane Manigold

Les prix de l'énergie explosent, forçant boulangers et restaurateurs à parfois fermer leurs établissements. Certains professionnels déplorent les tarifs exorbitants pratiqués par des fournisseurs d'électricité, notamment Total Energies. Dans "Les Grandes Gueules" ce mercredi sur RMC et RMC Story, le restaurateur Stéphane Manigold a vivement interpellé le PDG de Total, Patrick Pouyanné.

La survie des boulangers et des restaurateurs est grandement menacée. Soumis à une inflation galopante et l'explosion des tarifs de l'électricité, ils sont nombreux à fermer ou à envisager une cessation de leur activité face à l'augmentation de leurs factures. Pour tenter de les aider, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a annoncé mardi que les boulangers pourront résilier sans frais leur contrat d’électricité si une hausse de prix "menace la survie de l’entreprise". Une mesure "exceptionnelle" qui sera appliquée "au cas par cas" après étude des situations par les fournisseurs, a-t-il détaillé.

Plus tôt, la Première ministre Elisabeth Borne avait annoncé que les 33.000 boulangers de France pourraient "demander le report du paiement de leurs impôts et cotisations sociales".

Mais de nombreuses voix s'élèvent contre les fournisseurs d'énergie, pointés du doigt pour leurs tarifs exorbitants. Le ministre de l'Economie les a enjoints mardi à "faire plus, faire mieux" et "tout de suite", estimant qu'ils n'aidaient "pas suffisamment" les petites entreprises, et menaçant de prendre les mesures nécessaires.

"Des envolées de factures insupportables"

Pour certains, cependant, il est déjà trop tard. C'est le cas d'Adrien Soro, jeune chef étoilé contraint de fermer son restaurant perigourdin. "L'électricité, ça a été le coup de massue", assurait-il mardi sur RMC.

"Les restaurateurs se retrouvent avec des envolées de factures complètement insupportables", déplore sur le plateau des "Grandes Gueules", sur RMC et RMC Story, le restaurateur Stéphane Manigold, qui dénonce le rôle joué par les fournisseurs d'énergie, en particulier par Total Energies.

"On arrive à des situations où près de 50% du chiffre d'affaires, de ce qu'on collecte, on le redonne à Total Energies qui se gave... J'ai vu la tristesse des chefs d'entreprise, qui sont dix à avoir fermé, qui ne peuvent pas rouvrir et qui se font massacrer. J'ai honte parce que j'ai défendu Total et les superprofits. Alors aujourd'hui, Patrick Pouyanné (le PDG de Total Energies, ndlr), arrête de te gaver et laisse les artisans travailler", appelle-t-il, très ému.

"Les énergéticiens massacrent le tissu artisanal de ce pays. Et tous les problèmes que l'on me remonte, c'est Total Energies. J'ai un confrère qui a dû fermer son restaurant après avoir vu sa facture être multipliée par 15", ajoute Stéphane Manigold.

"On ne demande pas d'aides, on veut seulement payer le prix juste"

La libéralisation du marché de l'énergie, entamée il y a près de 15 ans, peine à faire baisser les prix en période de crise. Faut-il y voir une preuve des limites de l'ultralibéralisme et de la main invisible du marché? Pas du tout, estime Olivier Truchot, qui pointe au contraire la responsabilité de l'Etat: "La concurrence organisée par l'Etat n'est pas bonne", alors que les fournisseurs d'énergie ont le droit d'acheter de l'électricité à 42 euros le mégawatteure, avant de le revendre entre 800 et 1000 euros aux artisans.

Forcément, les factures explosent derrière: "Un boulanger qui pétrit son pain et le cuit sur place passe de 1.000 euros mensuels à 15.000 euros. Et un autre qui fait du dépôt de pain va bénéficier du bouclier tarifaire", alerte Stéphane Manigold.

"On ne demande pas d'aides, on veut seulement payer le prix juste", assure Brahim, boulanger dans les Hauts-de-Seine dont la facture est passé de 2.000 à 6.000 euros mensuels, pour un chiffre d'affaires équivalent à l'année passée. Et il conseille de rester chez EDF, alors qu'il a déjà vu deux de ses collègues fermer faute de pouvoir payer leurs factures.

G.D.