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"L'électricité, ça a été le coup de massue": un jeune chef étoilé contraint de fermer son restaurant

Jeune chef étoilé de 31 ans, Adrien Soro est obligé de fermer son restaurant de Paulin en Dordogne. Après avoir été touché par le Covid-19, le restaurateur ne peut faire face à l'inflation et la hausse des prix de l'énergie.

Victime de la hausse des prix de l'énergie, le jeune chef étoilé Adrien Soro rend son tablier. Il a rendez-vous ce mercredi au tribunal de commerce de Bergerac pour la liquidation judiciaire de son restaurant du Périgord, La Meynardie à Paulin-en-Dordogne. Ses 7 salariés en CDI perdent leur travail, tout comme les 15 CDD qu’il emploie chaque saison.

"Je suis l'exemple de quelque chose qui a failli", déplore ce mardi sur RMC le chef de 31 ans. "Je veux témoigner pour que si quelqu'un de talentueux arrive demain en Dordogne, il ne se fasse pas couper la tête de la même manière", prévient Adrien Soro. "C'est à mes yeux une succession de mauvaises décisions qui nous ont mis dans une position où on n'était plus crédible", explique le chef.

Une ascension fulgurante avant une chute tout aussi rapide

Après s’être formé chez Joël Robuchon, Adrien Soro ouvre La Meynardie en mars 2019. Moins d’un an plus tard, en février 2020, il obtient une étoile au guide Michelin, puis une étoile verte, qui récompense des chefs qui s’approvisionnent en circuits courts avec des produits locaux. Tous les chiffres sont alors au vert : sa clientèle augmente, il passe de 3.500 clients en 2019 à près de 6.000 l’année dernière, son chiffre d’affaires aussi, les marges sont bonnes, le ticket moyen par couvert atteint même 119 euros.

Mais son établissement est fermé pendant la crise du Covid-19. À la réouverture, face à la pénurie de main d'œuvre, il peine à augmenter ses salariés malgré sa bonne volonté. Et les aides ne suffisent pas: "On nous donne 70.000 euros au total alors qu'on en a perdu 250.000", déplore Adrien Soro. En conséquence, le 18 décembre, il sert son dernier client.

Une facture d'électricité multipliée par 6

Car comme un malheur n'arrive jamais seul, l'inflation frappe durement le chef: "Tous mes prix ont augmenté : le sucre a triplé, le beurre je n'en parle même pas. Tout ce qui fait la base de la cuisine française, ça commence à devenir impossible à acheter", explique-t-il, avant que le coup final ne soit porté par l'énergie.

"Le coup de massue c'est la dernière facture d'électricité. Ça fait un an qu'on se bat pour sauver l'entreprise, la confiance des banques est rompue et les factures explosent: quand j'ai ouvert je payais 800 euros de gaz par trimestre, aujourd'hui je suis à plus de 2.300. Pour l'électricité, je suis passé de 1.000 euros trimestriels à 6.000 euros. C'est impossible de tenir aujourd'hui", déplore le chef qui n'en veut pas aux banques.

"Bien sûr qu'il y a des tensions mais les banques ont la pression et le couteau sous la gorge. Je n'en veux pas une seconde à mon banquier. Il a conscience de la situation, il est inquiet. Il est débordé par des dossiers comme le mien", assure le chef étoilé.

"J'ai vécu 7 ans dans un camion pour acheter mon restaurant, je n'avais que ça comme objectif"

"Je ne sais même pas si une installation depuis 10 ans, cela suffit aujourd'hui", assure Adrien Soro. "Les gens qui tiennent en Dordogne, ont au moins une étoile depuis 15 ans et existent depuis 50-60 ans. Mais eux aussi sont vraiment stressés et pour eux aussi, c'est une question de temps", prévient le chef étoilé.

Aujourd'hui, l'avenir est sombre pour lui: "Je n'ai pas beaucoup de possibilités qui s'offrent à moi. Je n'ai pas mis le moindre euro de côté. J'ai même vécu 7 ans dans un camion pour acheter mon restaurant, je n'avais que ça comme objectif et je voulais ensuite capitaliser dessus", explique le chef.

Asphyxiés par les hausses de prix, les restaurants font aussi face à la pénurie de main d'œuvre. Il manquerait 200.000 travailleurs selon Thierry Marx le président de l'Umih, l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie-restauration, le principal syndicat professionnel du secteur. "C'est une vraie crise", estime même le chef sur France Inter.

Guillaume Dussourt