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"Les fruits vont pourrir": l'alerte des producteurs sur l'explosion des factures d'énergie

Des producteurs de fruits et légumes affirment que leurs exploitations sont en danger face à l'augmentation des prix de l'électricité. Ils vont devoir renégocier leurs contrats d'ici la fin de l'année et la crise qui touche le secteur pourrait faire exploser les tarifs.

Les acteurs de la filière fruits et légumes sont reçus ce mardi après-midi par le ministre de l'Agriculture, Marc Fesneau. Des producteurs de fruits et légumes qui devraient alerter le ministre sur l'explosion des factures d'énergie. Le secteur est touché de plein fouet par la hausse du prix du gaz et de l'électricité.

Endives, tomates, pommes, poires, bananes... Ils sont nombreux à être concernés. Certains ont vu leur facture d'électricité multipliée par 10 lors de l'élaboration des nouveaux contrats, selon l'Interprofession des fruits et légumes frais (Interfel).

Aux vergers de Sennevières, derrière d'épaisses portes en métal, des caisses remplies de pommes reposent au frais. Au total, douze chambres froides, indispensables pour Alexandre Prot, le gérant de l'exploitation.

“On est en face de pommes qu’on va ressortir au mois de mai-juin. Donc il y a des gros frigos qui vont envoyer du froid pendant six à huit mois pour qu’elles gardent toutes leurs vitamines”, détaille-t-il.

Jusqu'à 4.000 tonnes de fruits sont entreposées dans ces frigos. Mais avec la hausse du prix de l'électricité, il pourrait devenir compliqué de les alimenter. “Nous, on a un coût d’énergie qui est d’environ 70.000 à 80.000 euros. Si on devait renouveler notre contrat aujourd’hui, on passerait quasiment à 400.000 ou 500.000 euros de dépenses et ça, la société n’est pas capable de l’assurer”, explique-t-il.

Un bouclier mis en place pour les agriculteurs?

Certains exploitants ont déjà renouvelé leur contrat énergétique, avec une facture parfois multipliée par 10. Pour Daniel Sauvaitre, secrétaire général de l'Interfel, il est urgent d'agir.

“On a quelques producteurs qui nous disent ‘j’ai cru que j’allais le signer', mais maintenant, j’entends le président nous dire que des dispositifs vont se mettre en place donc il faut absolument qu’on puisse renégocier ces contrats. Là, nous espérons que des réponses vont arriver très vite. Il ne faut pas attendre que l’électricité soit coupée parce que les fruits vont pourrir”, appuie-t-il.

Un point de vue appuyé par Laurent Grandin, président d’Interfel. “Comme nous sommes des produits périssables, tout arrêt de l’électricité conduirait à une disparition des exploitations concernées. On est une filière responsable, on a constitué un mémo extrêmement détaillé pour chaque filière et les impacts. Jusqu'à un doublement de la hausse de l'électricité, la filière la prendrait en charge. Au-dessus, on demande un bouclier à 70% pour passer cette période difficile pour ne pas éliminer une part de la filière”, expliquait-il ce mardi matin sur RMC.

Selon l'Interfel, 25% des producteurs de fruits et légumes doivent renouveler leur contrat d'énergie d'ici la fin de l'année.

Aymeric Dantreuille avec Guillaume Descours